PROCLAMATION DU CORPS MUNICIPAL
leurs en arrivant à la séance ne se doutaient certainement pas du chemin qu'ils allaient faire; la nomination d'un gouvernement provisoire, presque impossible à refuser, entraîna tout le reste.
Le corps municipal s'étant réuni spontanément à l'hôtel de ville, arrêta à l'unanimité la proclamation la plus énergique, dont la conclusion était que ses membres a abju- « raient toute obéissance envers l'usurpateur pour retourner a à leur maître légitime ». La première idée en était venue le matin, au retour de Bondy, sans que j'en fusse informé, à l'un de mes oncles, membre du conseil, M. Gauthier ; il avait été la communiquer à son collègue et ami intime M. Bellart. Celui-ci l'avait vivement approuvée; sur-lechamp il avait procédé à sa rédaction, qui contenait les plus dures invectives contre Napoléon ; on peut en juger par cette seule phrase. « A lui, nous devons la haine de tous « les peuples, sans l'avoir méritée, puisque comme eux <c nous fûmes les malheureuses victimes bien plus que les « tristes instruments de sa rage. » Ce fut un grand événement que la publicité donnée à un tel acte, émanant du corps qui semblait le plus en droit d'exprimer l'opinion de la ville de Paris. M. de Chabrol, en sa qualité de préfet du département, était dans des rapports intimes avec le conseil municipal, dont il faisait en quelque sorte partie. On ne put donc manquer de demander son adhésion. Il hésita pendant vingt-quatre heures à la donner.
J'étais dans une position toute différente, n'ayant point de relations habituelles avec le conseil général, et ne participant à aucun de ses actes. Cependant, on aurait voulu ma signature, et M. Bellart fut chargé de me sonder. Il vint chez moi de fort bonne heure le lendemain matin. Je le compris au premier mot et lui répondis que je ne pouvais faire ce qu'il désirait; je ne le pouveiis, ni dans
ments marchaient yite, et la distance du matin au soir lui arait suffi, ainsi qu'à bien d'autres, pour s'ai*mer de résolution.
Tintérét général, ni d'après mes sentiments particuliers. Je devais éviter de blesser beaucoup d'hommes que je travaillais à ramener. Je ne lui dissimulai pas que le ton injurieux de la proclamation me répugnait complètement. Je pouvais bien prendre parti contre Napoléon quand je croyais en cela rendre un grand service à mon pays ; j'acceptais sans hésiter tous les hasards de cette résolution, quelque périlleuse qu'elle pût être dans une situation comme la mienne, car j'étais de ceux auxquels il pardonnerait le moins ; mais je ne pouvais oublier que trois jours auparavant je le servais encore, qu'il m'avait donné une grande marque de confiance en me mettant dans le poste que j'occupais ; je croirais donc me manquer à moi-même si j'injuriais celui avec lequel j'étais si récemment dans de telles relations. « Votre position, ajoutai-je, monsieur Bela lart, est fort différente, vous ne lui avez tenu par aucun tt lien, je crois qu'il vous a désobligé, offensé même. Il est a donc assez simple que vous donniez cours à vos senti^ a ments. » Il n'insista pas davantage. Quoique d'un caractère passionné, il avait de la droiture dans le cœur ; je suis sûr qu'il comprit mes motifs ; je suppose qu'il les fit comprendre à ses collègues, car nulle autre démarche ne fut tentée auprès de moi.
Les royalistes exaltés qui s'assemblaient chez M. de Mortfontaine ne manquèrent pas de remarquer l'absence de mon nom au bas d'une pièce dont le contenu les comblait de joie ; leurs défiances à mon égai*d commencèrent aussitôt. Je signde ce début d'une mdveillance qui a eu d'assez graves conséquences et qui devait, par la nature des choses, aller toujours croissant.
A ce moment parut le pamphlet intitulé Bonaparte et les Bourbons ^doniM. de Chateaubriand était l'auteur, et auquel il donna la date du 30 mars. Je doute qu'il ait jamais existé, dans aucune langue, une diatribe aussi sanglante, aussi violente, aussi excessive. Les royalistes l'accueillirent avec