LA GENDARMERIE DE PARIS MURMURE
transport; j'en ai vu qui, longtemps après, restaient convaincus que rien n'avait autant contribué que cette pièce à détrôner Napoléon. Je puis affirmer qu'elle a au contraire causé les plus grands embarras aux hommes qui dirigeaient réellement les affaires; qu'elle fut au moment de causer une explosion dans le parti militaire qu'on avait tant d'intérêt à ménager, dont les étrangers attendaient l'adhésion comme la seule base possible d'un arrangement solide; j'ajoute que les sentiments d'indignation qu'elle a semés dans l'âme de tant d'hommes, qui se trouvèrent injuriés dans la personne de celui qui avait été si longtemps leur chef, que ces sentiments, dis-je, n'ont point été étrangers à la catastrophe du 20 mars de l'année suivante.
Le prince de Schw^arzenberg m'envoya, au moment où je m'y attendais le moins, l'ordre de licencier la gendarmerie. Elle lui avait été représentée comme fort dangereuse, à cause de son attachement pour Napoléon. J'écrivis au prince pour lui faire sentir les inconvénients de la mesure qu'il avait adoptée. Le chef de l'état-major de la garde nationale, M. Allent, me seconda puissamment dans cette occasion; il se rendit chez le générsdissime, lui remontra que la garde nationale ne pouvait assurer la tranquillité publique, dont elle répondait, sans le secours de cette gendarmerie qui renfermait la seule cavalerie dont on pût disposer. Ses représentations jointes aux miennes l'emportèrent; nous gardâmes notre gendarmerie. Le capitaine de la compagnie qui était logée à la caserne des Minimes, m'avait prié de le venir visiter parce qu'il y avait beaucoup de murmures dans sa troupe où se trouvaient les hommes les plus dévoués à l'Empereur. J'y allai le matin; la compagnie était réunie sous les armes pour me recevoir; je pris la parole, je leur dis que la ville de Paris comptait sur leur zèle, leur dévouement à maintenir le bon ordre; je fus interrompu par des cris : « A l'Empereur! « nous voulons rejoindre l'Empereur! » En mémo temps,
une douzaine des plus furieux s'élancèrent pour venir jusqu'à moi. Les officiers m'entourèrent. Le calme étant un peu rétabli, je déclarai que la ville ne prétendait pas les garder de force, que ceux qui voulaient renoncer aux avantages de son service, étaient libres de le faire. J'ordonnai en môme temps au capitaine de dresser la liste de ceux qui voulaient se retirer, de leur reprendre leiu-s armes qui appartenaient à la ville, de m'envoyer leurs noms, pour que des passeports leur fussent expédiés sur-le*champ, mais avec avertissement de sortir des barrières avant six heures du soir. Quatre ou cinq seulement prirent ce parti; depuis, il n'y a pas eu dans le corps le plus léger mouvement, ni le moindre acte d'insubordination.
Ce fut heureux, car jamais le bon ordre n'avait été plus difficile à maintenir. Les sujets de rixe devenaient à tout moment plus fréquents. Ils étaient principalement causés par la vue des Cosaques qui rentraient continuellement dans la ville apportant le fruit de leiu* pillage au dehors ; ils avaient établi sur le Pont-Neuf une sorte de marché où ils venaient vendre les objets volés aux gens de la campagne. Ceux-ci les suivaient au plus près possible, arrivaient sur leurs pas et, comme de raison, étaient soutenus par le peuple lorsqu'ils essayaient de reprendre leurs chevaux, leurs ânes, leurs couvertures ou leurs manteaux. On comprend ce qu'un tel spectacle devait jeter d'irritation dans les esprits. Pour en faire cesser la cause, il fallut en venir à donner des sauvegardes pour les villages et les habitations les plus menacées. Ces sauvegardes se délivraient par le général de Sacken, gouverneur de la place. Bientôt l'affluence des demandeurs s'accrut chez lui à un tel point qu'on ne savait plus à qui entendre; il se voyait en même temps assailli par une nuée d'individus, tous plus zélés les uns que les autres, tous rempUs de bonnes intentions, empressés surtout à donner des conseils. Il les écoutait; il en résulta bientôt de gros abus. Des commissaires