ADMINISTRATION DU GÉNÉRAL DE SACKEN
furent nommés pour surveiller les jeux publics ; d'autres pour censurer les journaux qui ne pouvaient plus paraître sans leur consentement; pour surveiller les spectacles, etc. Ces agents improvisés, membres pour la plupart de la réunion Mortfontaine, manquaient de mesure.
J'allai trouver le général de Sacken pour lui montrer les graves dangers d'un pareil désordre; je lui dis que je m'adressais à lui avant de recourir à l'empereur, ainsi que j'y étais autorisé; mais que je ne pouvais garder la responsabilité, s'il laissait ainsi paralyser mon administration. Il comprit très bien mes griefs, s'excusa d'y avoir donné lieu sur les importunités dont il avait été accablé. On lui avait évidemment surpris beaucoup de signatures; le remède au reste était simple, il me l'offrit lui-môme : c'était d'annuler en masse tout ce qu'il avait fait en matière d'administration générale. C'était bien pour le passé, mais il fallait pourvoir à l'avenir; lui-même encore trancha la difficulté. « Mettez, me ditril, à côté de moi, un homme dont vous « soyez sûr; je ne signerai rien sans son examen préalable, a je vous en donne ma parole. » Il fut ainsi fait; je choisis un maître des requêtes nommé Janet, qui avait été de la consulte française à Rome. Je savais sa grande habitude des affaires et son infatigable activité. Il accepta, s'installa auprès du général; à partir de ce moment, il ne s'est élevé aucune difficulté entre nous.
Un nouveau grief s'ajouta à ceux que les royalistes de la réunion Mortfontaine avaient contre moi; il était difficile, en effet, qu'ils ne me trouvassent pas habituellement sur leur chemin; la nécessité de maintenir le bon ordre m'obligeait de les arrêter dans quelques-unes de leurs entreprises, bien qu'elles eussent un bon côté et résultassent de sentiments fort naturels. Ainsi, dès le premier jour, ils s'étaient présentés aux prisons, à l'efiet d'en ouvrir les portes aux individus qu'ils jugeaient n'y être détenus que pour faits politiques. Une telle mesure, môme à l'égard de ceux à qui
il pouvait être juste de l'appliquer, ne devait avoir lieu que par injonction d'une autorité supérieure. M. de Nesselrode, avant l'installation du gouvernement provisoire, eut soin de me signifier à ce sujet un ordre de l'empereur Alexandre ; j'y obtempérai même avec empressement. M. de Polignac, rentré à Paris, avec les étrangers, s'était beaucoup mêlé de cette affaire, c'était simple, même louable de sa part. Ce fut ainsi que le sieur Perlet, dont j'ai raconté l'arrestation, fut mis en liberté, et aussi ce malheureux Desol de Grisolles, toujours détenu à Bicétre. Venait ensuite la destruction des emblèmes impériaux; sur la place Vendôme, les violences avaient recommencé; un certain nombre de jeunes gens, à la tête desquels se trouvait M. Sosthène de La Rochefoucauld, crurent pouvoir à eux seuls renverser la statue. Ils étaient parvenus à attacher à son cou une corde qu'ils tiraient d'en bas; ils parvinrent à la mettre un peu de côté, mais sans pouvoir l'arracher. M. de Maubreuil ne craignit pas de se promener sur le boulevard ayant attaché la croix de la Légion d'honneur à la queue de son cheval. A la vérité, il y eut à cette occasion une telle émotion vers la rue Saint-Denis, que s'il n'eût pas fait prompte retraite, il aurait fort bien pu être assommé.
Ces manifestations me donnèrent beaucoup de soucis et d'embarras jusqu'au jour où le gouvernement provisoire rendit, le 4 avril, un arrêté par lequel il ordonnait que tous les emblèmes, chiffres et armoiries qui avaient caractérisé le gouvernement de Bonaparte seraient supprimés, que cette suppression serait exclusivement opérée par les personnes déléguées à cet effet, sans que le zèle individuel d'aucun particulier pût y recourir ou les prévenir.