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CHAPITRE XIV

Le général Dessolle est nommé commandant de la garde nationale. — Le Sénat prononce la déchéance de Napoléon. — Le Triomphe de Trajan à l'Opéra. — L'empereur Alexandre donne audience au Sénat. — Sa popularité grandit de jour en jour. — Adresse du gouvernement provisoire & l'armée. — Formation du ministère. — M. Pasquier refuse le portefeuille de la police. — La direction des postes est donnée à M. de Bourrienne. — Les adhésions affluent. — Renvoi des conscrits dans leurs foyers. — Napoléon se décide à livrer bataille sous Paris. — On songe aie faire assassiner; M. Pasquier prévient M. de Bassano. — Alexandre comprend qu'il est indispensable de gagner l'adhésion de l'armée. — Il jette les yeux surMarmont. — Mécontentement de celui-ci contre Napoléon. — Le gouvernement provisoire lui dépêche M. de Montessuy. — Marmont accueille favorablement les propositions que celui-ci lui transmet. — Jugement porté sur lui. — Le duc de Vicence engage Napoléon & abdiquer en faveur de son fils. — État d'esprit des officiers et de l'armée. — Les maréchaux arrachent à l'Empereur la signature de son acte d'abdication. — Marmont les accompagne à Paris.

Le premier usage que le nouveau gouvernement fit de son pouvoir fut de nommer le commandant de la garde nationale; son choix ne pouvait mieux tomber que sur le général Dessolle, qu'une très honorable réputation el un caractère plein d'aménité rendaient tout à fait propre à exercer cette délicate fonction. Son acceptation produisit un fort grand effet; c'était le premier officier général de distinction qui n'eût pas craint de se donner à l'ordre de choses nouveau, car le général de Beumonville, qui était entré dans le gouvernement provisoire, ne comptait plus depuis longtemps dans l'armée active.

Le général de Nansouty envoya aussi son adhésion dans la même journée; elle était d'autant plus digne d'être

remarquée qu'elle n'était point inspirée par le besoin, ni le désir d'exercer aucun emploi; il ne craignit pas d'exprimer hautement, dans cet envoi, sa véritable intention, celle de se soumettre à la maison de Bourbon. Il était, on doit s'en souvenir, du nombre des militaires que le besoin de réparer leur santé avait ramenés dans la capitale.

Le 2 avril, à neuf heures du soir, le Sénat rendit un décret prononçant la déchéance de l'empereur Napoléon. Le dispositif ne fut rédigé que le lendemain; l'exposé des motifs était un véritable acte d'accusation. En fait. Napoléon n'était pas seulement déchu du trône, mais le droit d'hérédité était aboli dans sa famille, et le peuple français ainsi que l'armée étaient déliés de tout serment de fidélité envers sa descendance comme envers lui.

Le hasard seul empêcha que le soir l'incident le plus bizarre et le plus inopportun se produisît. Ce jour-là, Af. de Talleyrand donnait à dîner au Czar et à ses principaux officiers. Tous les membres du gouvernement provisoire étaient invités. Au moment de m'y rendre, on vint m'informer que le spectacle qui devait être donné à l'Opéra était changé, sur l'ordre d'un aide de camp de l'empereur de Russie; qu'on devait représenter le Triomphe de Trajan. Cela me parut au moins singulier, mais mon étonncment fut encore plus grand lorsque j'entendis pendant le dîner l'empereur annoncer son projet d'aller le soir à l'Opéra avec le roi de Prusse. Je me hâtai de faire demander par un valet de chambre à M. de Talleyrand, qui était assis à ses côtés, s'il savait qu'on représentait par ordre le Triomphe de Trajan. Cet avis donna lieu aussitôt entre lui et l'empereur Alexandre à un colloque, à la suite duquel on envoya chercher M. de Rémusat, qui avait la direction de tous les grands théâtres, et qui, malgré l'heure avancée, parvint à faire remplacer le Triomphe de Trajan par la Vestale, Il eût été par trop singulier de voir les souverains réunis à l'Opéra pour entendre chanter les hymnes com-

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