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AUDIENCE D'ALEXANDRE AU SÉNAT

posés en l'honneur de Napoléon, au temps de sa plus grande gloire, au moment où ils poursuivaient sa déchéance, prononcée le jour même dans le palais du Luxembourg. La situation du roi de Prusse eût été particulièrement embarrassante pendant la scfene où Trajan est représenté accordant à une grande dame la grâce de son mari et jetant au feu la lettre qui le mettait en un si grand péril (1). Le fait était que quelques jeunes gens de Tétat-major d'Alexandre, ayant un grand désir de voir cet opéra, avaient trouvé simple d'user du nom de leur maître pour se procurer un plaisir dont ils n'avaient pas prévu les conséquences.

Le dimanche 3, le Sénat obtint une audience de l'empereur Alexandre, auquel il remit officiellement le décret rendu la veille.

a Je suis l'ami du peuple français, lui répondit le Czar; « ce que vous venez de faire redouble encore ce sentiment. « Il est juste, il est sage de donner à la France des institu- « tions fortes et libérales qui soient en rapport avec les « lumières actuelles. Mes aUiés et moi nous ne venons que « pour protéger la liberté de vos décisions. » Puis il ajouta, du ton le plus affectueux : « Pour preuve de cette alliance « durable que je veux contracter avec votre nation, je lui « rends tous les prisonniers français qui se trouvent dans « mes États; le Gouvernement provisoire m'en avait fait « la demande, je l'accorde au Sénat, d'après les résolu- « tions qu'il a prises aujourd'hui. »

L'empereur Alexandre devenait très populaire. On voyait que tout émanait de lui, que tout roulait sur lui. Son allié le roi de Prusse passait inaperçu ; on le voyait peu, il évitait de se montrer en public, y portait toujours un air de timidité qui ne pouvait lui donner un grand relief. Alexandre, au contraire, ne manquait pas une occasion de se produire, parcourant à cheval la ville dans tous les sens, visi-

(1) Il n*était ignoré de personne que celte scène s'était passée à Ber* lin et que la grande dame était la princesse de Hatzfeldt.

tant avec soin tous les établissements publics. Dans les premiers moments, ces courses, qu'il faisait presque toujours sans escorte et sans que la police fût avertie, m'inquiétaient beaucoup. Qui nous garantissait contre quelque tentative criminelle? Quel aurait été le sort de Paris livré à la vengeance furieuse de ses soldats? Je le fis donc, mais en vain, supplier de permettre que quelques précautions fussent prises et de me faire prévenir chaque jour de la roule qu il comptait suivre. Il cherchait dans toutes ses courses l'occasion de faire ce qui pouvait le rendre le plus agréable à toutes les classes; ainsi, sur l'avis que je lui avais donné que les chevaux de sa cavalerie, qui étaient bivouaques dans les Champs-Elysées, détruisaient les plantations, il alla, de sa personne, constater le dégât, donna les ordres nécessaires pour le faire cesser, même pour le réparer autant qu'il était possible ; on lui dut ainsi la conservation de cette magnifique promenade qui, sans lui, allait être dépouillée de son plus bel ornement. Quand il visita le Musée, il s'aperçut que plusieurs piédestaux étaient vides; ayant su que c'était le résultat des précautions prises par le directeur général, M. Denon, qui avaitfait cacher plusieurs des plus beaux objets, il s'en montra fort offensé. « N'ai-je donc pas, ditr-il, promis, dès Bondy, que « les monuments publics seraient respectés? Pense-t-on « que je veuille manquer à ma parole? » Il fallut lui répondre que la précaution avait été prise antérieurement et que tout serait remis incessamment à sa place, ce qui eut lieu en effet.

Le Gouvernement provisoire publia une adresse à l'année; la dernière phrase peut être citée comme un modèle en ce genre, a Soldats, seriez-vous sourds à la voix de la « patrie qui vous rappelle et vous supplie? Elle vous parle « par son Sénat, par sa capitale, surtout par ses malheurs. « Vous êtes ses plus nobles enfants et ne pouvez apparte- « nir à celui qui l'a ravagée, qui l'a livrée sans armes, sans

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