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DÉCHÉANCE DE NAPOLÉON

a défense, qui a voulu rendre votre nom odieux à toutes (c les nations, qui aurait peut-être compromis votre gloire, « si un homme qui n'est pas même Français pouvait jamais « affaiblir Thonneur de vos armes et la générosité de nos a soldats. Vous n'êtes plus les soldats de Napoléon; le Sénat, la France entière vous dégagent de vos ser- « ments. »

Napoléon qui n'est pas même Français îVemieuT était M. de Fontanes.

Le 9 avril, le Corps législatif, suivant Texemple du Sénat, déclara la déchéance de Napoléon et des membres de sa famille. Les députés présents étaient au nombre de soixante-dix-neuf. La Cour de cassation donna son adhésion. Le Gouvernement provisoire nomma des ministres ou plutôt des commissaires, qui furent chargés par intérim des divers portefeuilles; cela était urgent pour mettre un peu d'ordre au milieu d'une véritable confusion.

Deux de ces commissaires étaient absents, M. Malouet pour la marine, exilé à Tours, M. Beugnot, préfet de Lille, pour l'intérieur. Ce dernier, chez qui la résolution et la force de caractère ne sont pas les qualités dominantes, fut un peu épouvanté de cette nomination ; il fallut, pour qu'il se mît en route, redoubler les messages télégraphiques. On fit pour le ministère de la guerre un choix dont les conséquences ont été fâcheuses : le général Dupont était homme d'esprit, ayant joui longtemps d'une belle réputation militaire; mais sur lui pesait le souvenir de la capitulation de Baylen; il aurait fallu, pour diriger l'armée dans de telles circonstances, un homme dont la réputation fût intacte et jouissant d'une grande autorité.

M. de Talleyrand m'offrit de prendre le ministère de la police; je le refusai pour deux raisons : la première, parce que je ne voulais pas suivre plus longtemps ma carrière dans la police, j'avais au contraire impatience d'en sortir ; la seconde, parce que, dans ce moment, l'impor-

tance réelle était dans la préfecture de police, qu'il ne me semblait pas régulier de cumuler avec le ministère. Je préférai donc faire nommer M. Angles, dont je connaissais le bon caractère et l'esprit peu envahissant. C'était une faute dans mon intérêt personnel, une grande faute. Je restai dans une position secondaire, ce qui permit aux ennemis que je pouvais avoir de m'attaquer et de me nuire.

Les autres commissaires furent, pour lajustice, M. Henrion de Pansey; pour les finances, M. Louis; pour les affaires étrangères, M. de Laforest.

La place de directeur général des postes était vacante, M. de La Valette ayant abandonné ses fonctions et quitté rhôtel. Ancien aide de camp de Napoléon, son obligé particulier, ayant épousé une de ses nièces, la délicatesse de ses sentiments ne lui permettait pas de jouer aucun rôle, d'exercer aucun emploi dans un gouvernement nouveau, dirigé contre son bienfaiteur. Il m'avait annoncé à l'avance sa résolution, s'attendant bien à m'en voir prendre une contraire. Bien que suivant deux lignes de conduite si différentes, nous avons gardé les rapports les plus affectueux. M. de Talle}Tand se décida à confier cette grande et importante direction à M. de Bourrienne. Quand M. de La Valette apprit ce choix, il en fut renversé et se persuada qu'il était de son devoir de faire parvenir à ceux qui gouvernaient quelques représentations sur ses inconvénients et même ses dangers. Je le vis arriver chez moi le lendemain matin de fort bonne heure. « On ne sait donc pas, me dit-il, « ce dont Bourrienne est capable ? M. de Talleyrand doit « le connaître cependant, c'est comme si on avait mis le « secret des lettres au plus offrant et dernier enchérisseur! « — Comment voulez-vous donc, lui répondis-je, que je « m'étonne de voir M. de Talleyrand placer si mal sa con- « fiance, quand, vous-même depuis trois mois, je vous ai a vu malgré mes avertissements, malgré ce que vous « saviez, vous laisser circonvenir par le même homme 1

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