LES ADHÉSIONS
« Cependant, si vous m'y autorisez, je rendrai littéralement « à M. de Talleyrand ce que vous venez de me dire. — « Oui, sans doute, répliqua-t-il, je ne suis venu vous trouver a que pour cela. — Eh bien, la commission sera faite et « ne servira à rien, je vous le dis à l'avance. » Il en fut comme je l'avais prévu.
Je me décidai à faire connaître ofGciellement au public la ligne que je comptais suivre, les résolutions que j'avais adoptées. Je tenais beaucoup à ce qu'aucune expression offensante ne se fît remarquer dans le langage que j'allais tenir; j'y apportai le plus grand soin, fidèle en cela à la déclaration que j'avais faite à M. Bellart au sujet de la proclamation du corps municipal. Je terminai ma circulaire par ces mots : « Honoré de la confiance du gouverne- « ment provisoire qui m'a maintenu dans mes fonctions, « je me dois et je vous dois, de vous faire connaître mes « sentiments, de vous tracer la ligne de vos devoirs. Heua reux de voir la fin des maux de ma patrie, j'ai accepté le « nouveau moyen de la servir; je m'y suis dévoué tout « entier, j'attends de mes collaborateurs qu'ils partageront « mon dévouement. »
Le préfet de la Seine suivit mon exemple» et fit aussi sa circulaire. Alors, commença le flot des adhésions : celles de la Cour des comptes, de la Cour impériale, du Tribunal de commerce, des collèges d'avocats, même celle du corps de la gendarmerie de Peuris.
Le 4, on publia un arrêté qui permettait à tous les conscrits actuellement rassemblés de retourner chez eux, et qui autorisait ceux qui n'avaient point encore été enlevés de leur domicile à n'en pas sortir. La même disposition était appliquée aux bataillons de nouvelles levées, que chaque département avait fournis à toutes les levées en masse. C'était ôter à Napoléon sa plus grande ressource pour continuer la guerre ; en même temps c'était procurer à la population le soulagement auquel elle aspirait le plus
ardemment, celui qui devait le mieux assurer son prompt assentiment au nouvel ordre de choses.
Napoléon était rentré le 30 dans la nuit à Fontainebleau, après avoir expédié le duc de Yicence à Paris, avec mission de s'approcher à tout prix du Czar et d'entamer avec lui une négociation. Se faisait-il illusion sur cette ressource? Cela n'est pas impossible, car on s'attache à tout dans les moments désespérés. Avec la connaissance qu'il croyait avoir du caractère de ce prince, on conçoit qu'il ait pu difficilement se persuader que sa résolution n'était pas ébranlable. En tout cas il fallait, par ses dispositions militaires, donner quelque chance de succès à cette nouvelle tentative. Il y avait deux partis à prendre; celui que Napoléon a choisi, devait amener immédiatement sa perte. Les raisons que j'ai déjà données, qui auraient dû le décider à continuer son mouvement sur l'Est, au lieu de revenir de Saint-Dizier à Paris, subsistaient dans toute leur force, puisqu'il n'avait pas empêché la prise de Paris. Mais il finit par renoncer à ce plan. Le faut-il attribuer à une sorte de découragement qui l'avait enfin gagné à la vue des fatigues et des difficultés d'une entreprise de si longue haleine, ou à la crainte de rencontrer ce même sentiment dans les principaux officiers dont il était environné? Us en avaient déjà laissé voir des signes manifestes.
On m'a cependant assuré que dans un conseil, qui fut tenu à Fontainebleau le 31 au matin, tous les maréchaux, hors un seul, avaient été d'avis de se reporter sur le Midi. Napoléon s'arrêta à la pensée de concentrer autour de lui tout ce qui lui restait de forces, et préféra manœuvrer autour de Paris, de manière à obliger l'ennemi à en sortir et à lui livrer bataille; le gain ou la perte trancherait la question. Sans doute, la disproportion de ses forces était grande. Il ne pouvait pas réunir plus de trente-six mille combattants : mais l'audace, l'habileté, ne triomphaient-