PROJETS D'ATTENTAT CONTRE NAPOLÉON
contres auxquelles on est condamné dans les grandes crises politiques, dans les temps de révolution I A peine étais-je assis, que je reçus un billet de M. de La Valette, évidemment écrit en toute hâte. « Je sais, me disait-il, « combien vous êtes incapable de tremper dans Tinfàme « projet qui se médite contre la vie de l'Empereur, peut- « être même Tignorez-vous . Je dois donc vous avertir, « bien assuré que vous ferez tout ce qui sera en votre « pouvoir pour le déjouer. » Comment avait-il été informé de ce projet? Je Tai toujours ignoré, mais son billet me prouva qu'il fallait que les préparatifs fussent bien avancés puisqu'ils avaient transpiré. Presque au même moment, je reçus un avis semblable de l'inspecteur de police Poudras, en qui j'avais beaucoup de confiance. Comme M. de La Valette, il avait été averti. J'ai rarement été dans une position aussi pénible. Dépositaire d'un secret, mais n'en connaissant les détails qu'imparfaitement, n'ayant le nom d'aucun de ceux qui devaient agir, que pouvais-je faire pour détourner un coup qui me faisait horreur? De tous côtés, il y avait embûches, la loyauté la plus assurée pouvait être accusée de trahison.
J'étais encore à la fin de la journée dans les plus pénibles anxiétés, lorsqu'on me remit à minuit un billet, laissé dans mon antichambre par un homme de campagne. Il avait dit qu'il reviendrait, le lendemain avant midi, chercher la réponse. Je reconnus l'écriture du duc de Bassano. Il me demandait, de la part de l'Empereur, des détails sur ce qui se passait à Paris, ajoutant que ceux qui lui parvenaient paraissaient tout à fait invraisemblables. Ma résolution fut aussitôt prise de profiter de l'occasion pour donner deux avertissements : le premier, que l'Empereur devait faire garder soigneusement sa personne, l'autre, qu'il ne devait plus s'adresser à moi pour rien qui concernât son service. Je me décidai à porter le lendemain matin le billet de M. de Bassano chez M. de Talleyrand en lui
disant mon intention d'y répondre. Chose extraordinaire, le duc de Dalberg se trouvait là; il approuva l'avis que je donnais et assura qu'il ne serait pas sans avantage.
Je rédigeai donc le brouillon du billet que j'allais répondre; ce fut le duc de Dalberg qui voulut que j'y insérasse la mention que des jacobins étaient au nombre de ceux qui songeaient à approcher de Napoléon avec de mauvais desseins. Voici le billet tout entier, j'en ai la minute. « Voici les faits : le Sénat, au nombre de quatre- « vingt-deux membres, a organisé un gouvernement proa visoire; le Sénat a prononcé la déchéance. Le gouverne- « ment a fait une adresse à l'armée française. Plusieurs « généraux se sont déjà déclarés : du nombre, les géné- « raux Nânsouty, Montelegier, Dangran ville , Montbrun. « Le maréchal Victor fait des démarches de rapproche- « ment. Le général Dessolle est à la tète de la garde natio- (( nale. Le général Dupont est ministre de la guerre. On « assure qu'il y a plusieurs projets d'approcher l'Empe- « reur et que, dans le nombre des individus qui se livrent « à cette pensée, il y a plusieurs jacobins. Les banquiers « oflFrent douze millions. Le Corps législatif se réunit ce « matin. Il sera plus prononcé encore que le Sénat. La (c garde nationale s'anime sous son nouveau chef d'une (( manière remarquable. On ne doit plus s'adresser à moi « pour quoi que ce soit; on doit savoir le parti que j'ai ({ pris. »
L'homme de la veille revint à l'heure dite et emporta ce billet, écrit et arrangé de manière à tenir le moins de place possible. J'ai su qu'il avait été remis à M. de Bassano en présence de Napoléon, qui, ayant reconnu mon écriture, s'empressa de le lire. Il fut plongé pour un moment dans une profonde rêverie, puis il dit : a Celui-là s'est bien « pressé; oA dirait qu'il a pris son habit de chasse pour « aller plus vite. » Dans la nuit du 3 au 4, M. de Viccnce était arrivé et lui avait donné sur beaucoup de points des