‹ Histoire de mon tempsChapitre 131 sur 223 · IMPORTANCE DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE L'ARMÉE

renseignements bien plus détaillés que les miens, mais n'avait pu encore lui apprendre la déchéance.

Ce que je viens de raconter de la confidence qui m'avait été faite par M. de Dalberg et de son consentement à l'avis que je fis parvenir à l'Empereur, donnera plus tard la clef d'une afl'aire qui était destinée à faire longtemps un bruit très fâcheux et sur laquelle beaucoup de personnes encore ne savent ce qu'elles doivent penser. Je veux parler de l'expédition à la tète de laquelle figura M. de Maubreuil.

Tout ce qu'on essayait dans la capitale pour amener à soi les corps et les autorités civiles, pour les engager dans le parti de la Restauration vers laquelle on marchait, réussissait; était-il donc impossible de gagner l'armée? Sa fidélité à Napoléon serait-elle toujours inébranlable? Quelques défections individuelles n'étaient rien, mais si on pouvait lui enlever un corps d'armée tout entier et former un noyau autour duquel viendraient se ranger tous ceux qui embrasseraient la même cause, c'est-à-dire celle du pays, quel pas immense n'aurait-on pas fait? C'était la préoccupation const€uite de l'empereur Alexandre. « L'armée, « disait-il dans son intimité, est toujours l'armée; tant que a vous ne l'aurez pas pour vous, messieurs, vous n'avez « rien; c'est elle qui représente la nation française, et si on a ne la gagne pas, que peut-on faire de solide? Elle finira a toujours par renverser tout ce qui aura été établi sans a son consentement, à plus forte raison contre son sen- « timent. »

Il y avait peu de chose à opposer à cette manière de raisonner; on chercha s'il n'y aurait pas quelque général important qu'il fût possible de séduire et qui eût assez de crédit sur les troupes pour les entraîner. Comment la pensée s'est-elle portée sur le maréchal Marmont? Cela peut paraître extraordinaire, car il devait tout à Napoléon; nul ne semblait plus que lui obligé de lui rester fidèle et dévoué. Mais il se trouvait le plus proche, par conséquent

le plus facile à aborder ; si on parvenait à le décider^ nul ne pouvait être plus utile puisqu'il commandait Tavantgarde. Ajoutez qu'il était mécontent et ne le dissimulait guère depuis longtemps. Pendant toute la campagne il n'avait cessé de dire qu'on le sacrifiait. Dans la vérité, il s'était toujours trouvé au poste le plus difficile, celui où lo risque d'être écrasé était le plus grand. D'autre part, il avait éprouvé un échec, pendant l'attaque de Laon; l'Empereur, à cette occasion, s'était exprimé sur son compte avec amertume; le maréchal l'avait su et n'avait pas caché son dépit. Enfin, on le savait désireux de jouer un grand rôle et convaincu qu'il ne se pouvait rencontrer personne qui fût au-dessus de son mérite.

Déjà, pendant la nuit du 30 mars, lorsqu'il était occupé à donner les ordres nécessaires pour l'exécution de la capitulation, M. de Talleyrand était venu le trouver, s'était efforcé de lui faire entendre qu'il y avait un parti à prendre pour sauver le pays en séparant sa cause de celle do l'homme qui l'avait précipité dans cet abîme de maux. S'il faut en croire M. de Talleyrand, le nom de la maison de Bourbon aurait été prononcé dans cette conférence.

Des insinuations de même nature avaient encore été faites au mai'échal dans la même nuit, par son beau-frère Perregaux et par le banquier Laffitte. Cette circonstance est digne de remarque, surtout quand on la rapproche du rôle que l'un et l'autre ont joué dans le cours de l'année suivante. Toutes ces tentatives n'avaient cependant rien produit, et le maréchal n'avait paru y faire que peu d'attention. Que risquait-on en essayant une nouvelle démarche auprès de lui? Ce fut, je crois, le duc de Dalberg qui en donna la première idée. C'était toujours, dans le gouvernement provisoire, l'homme aux expédients. Il fallait trouver quelqu'un de sûr à lui dépêcher. M. Louis et M. Laborie indiquèrent M. de Montessuy, qui avait été son aide de camp. Il fut amené par M. Tourton, l'un des prin-

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