‹ Histoire de mon tempsChapitre 132 sur 223 · M. DE MONTESSUY DÉPÉCHÉ A MARMONT · texte numérisé non relu

M. DE MONTESSUY DÉPÉCHÉ A MARMONT

cipaux officiers dans Tétat-major de la garde nationale, et consentit à se charger du message. Il reçut, outre ses lettres de créance, des instructions verbales. On demandait au général de se donner avec son corps d'armée au gouvernement provisoire. Il ne ferait en cela qu'obéir au Sénat, qui l'avait délié de ses serments envers Napoléon ; s'il y consentait, on lui proposait de se diriger sur la Normandie, province que la guerre n'avait point encore atteinte, qu'il conserverait intacte à la France, et où pourraient se réunir tous les militaires, toutes les troupes qui prendraient le même parti que lui. Là sans doute se trouverait bientôt formée, sous son commandement, une armée qui, en donnant au nouveau gouvernement une force réelle, le mettrait en mesure de traiter avec les alliés de la manière la plus avantageuse pour le pays. Dans le cas contraire, on entrerait nécessairement dans une série de malheurs incalculables; la guerre, en se continuant, pouvait entraîner la ruine de la France. Des prodiges de valeur seraient en vain opérés I Le dévouement au devoir, le véritable patriotisme consistaient à amener au plus tôt la fin d'une crise si épouvantable. Le maréchal en avait le pouvoir entre les mains; s'il usait de ce pouvoir, la reconnaissance nationale lui serait éternellement acquise.

Cette proposition et ce langage ayant été concertés avec l'empereur Alexandre, celui-ci s'était hâté d'en prévenir le prince de Schwarzenberg et de lui faire connaître qu'il devait seconder de toute sa puissance la démarche qui allait être tentée, et offrir, de son côté, au maréchal Marmontune convention militaire qui lui garantirait la liberté de son mouvement sur la Normandie. Le 2 au soir donc, M. de Montessuy vint prendre les dernières instructions que lui donnèrent M. de Talleyrand et M. de Nesselrode.

Afin de mieux écarter les soupçons, et comme il devait se présenter aux avant-postes français en qualité de porteur d'une lettre du prince de Schwarzenberg, on avait

jugé à propos de lui faire revêtir le costume de Cosaque : il avait jusqu'à cette espèce de fouet qu'on nomme knout. Sa figure, fort extraordinaire sous ce déguisement, et dans une circonstance si mémorable, m'est toujours restée présente.

Tout se passa ainsi qu'il avait été convenu. Le lendemain, M. de Montessuy arriva auprès du maréchal et lui remit la lettre du prince de Schwarzenberg ; la négociation ne fut pas longue. Le maréchal Marmont déclara que l'opinion publique et la volonté nationale avaient toujours été la règle de sa conduite; il en voyait clairement l'expression dans les actes du Sénat, se soumettait donc, seulement il mettait pour condition que, si par suite du parti qu'il prenait, Napoléon venait à tomber aux mains des alliés, sa liberté et sa sûreté seraient assurées dans un lieu qui serait choisi par eux et le gouvernement de la France. Il fut convenu que les troupes qu'il commandait quitteraient la position d'Essonnes et se retireraient par Versailles, sur un point en deçà des hostilités entre les armées de Napoléon et celles des alliés.

Le généralissime prince de Schwarzenberg lui fit connaître, dans la matinée du 4, qu'il approuvait entièrement ces arrangements. La marche des troupes devant commencer dans la nuit du 4 au 5, toutes les dispositions furent prises en conséquence de part et d'autre. Le maréchal s'était particulièrement entendu dans cette occasion avec le plus ancien des officiers généraux de son armée, le général Souham, et avec le général Bordesoulle, qui commandait la cavalerie. J'ai même lieu de croire que tous les généraux qui servaient en ce moment sous ses ordres furent mis dans le secret, à l'exception des généraux Chastel et Lucotte, qui ne tardèrent pas cependant à le pénétrer et dont les dispositions, avec juste raison, n'avaient pas été présumées favorables.

Nous reçûmes le 4, d'assez bonne heure, la nouvelle de ce

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