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ALLOCUTION DE NAPOLÉON A SA GARDE

sans se faire assurer le moindre avantage personnel; quelles qu'aient été ses secrètes pensées, il n'a rien demandé ni stipulé pour lui. Nous verrons bientôt son exemple suivi par les plus renommés de ses égaux et de ses rivaux. Tous enfin se donnent en moins de trois semaines au nouvel ordre de choses, à la maison de Bourbon. Pas un ne songe plus que lui à faire des conditions particulières. Qu'on compare leur conduite à celle de tant d'officiers généraux, ou commandants de place, tous portant de beaux noms, qui ont fait payer si chèrement leur soumission à Henri IV.

Pendant qu'une question capitale pour les destinées de Napoléon s'agitait entre Essonnes et Paris, le 3, Napoléon passait une grande revue de toute sa garde dans la cour du Cheval blanc à Fontainebleau. Il lui adressa une courte allocution : « Soldats, l'ennemi nous a dérobé trois « marches et s'est rendu maître de Paris, il faut l'en chasser, (c D'indignes Français, des émigrés auxquels nous avions « pardonné, ont arboré la cocarde blanche et se sont joints « à nos ennemis. Les lâches! ils recevront le prix de ce « nouvel attentat. Jurons de vaincre ou de mourir et de (t faire respecter cette cocarde tricolore qui, depuis vingt « ans, nous trouve dans le chemin de la gloire et de l'hon- « neur I » La garde répéta ce serment avec enthousiasme et immédiatement après s'achemina vers Essonnes. Ceux qui, au travers de la forêt, ont suivi sa marche sous les grandes futaies éclairées par les rayons de la lune, ont gardé de ce spectacle unique la plus durable impression. Le plus profond silence régnait dans les colonnes et, au recueillement dans lequel elles s'avançaient, il était facile de juger que cette admirable troupe avait la conviction qu'elle allait dans un dernier combat terminer sa glorieuse carrière. Le sort lui réservait encore d'autres épreuves.

Le duc de Vicence n'avait pas voulu quitter Paris avant d'être en état de bien faire connaître à son maître la véritable situation des affaires et sans avoir bien étudié les

29<î MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIER.

faits, et aussi les dispositions générales. Il rendit compte à TEmpereur, avec la plus rigoureuse précision, de tout ce qui s'était passé dans la capitale, depuis le 31 jusqu'à rinstant où il en était sorti, laissant le gouvernement provisoire installé, et alors qu'il avait été lui-môme formellement chargé par l'empereur Alexandre de la réponse la plus dure, puisqu'elle invitait Napoléon à choisir pour lui et sa famille un lieu d'établissement et de retraite où sa tranquillité serait garantie. A ce prix seulement l'effusion du sang pouvait immédiatement cesser, la paix pouvait être rendue à la France et à l'Europe,

M. de Vicence ne dissimula pas que la facilité avec laquelle le Sénat s'était, dès le premier moment, prêté à tout ce qui lui avait été demandé, tenait à la conviction universellement répandue que les alliés, et surtout l'empereur Alexandre, étaient résolus à ne plus traiter avec lui. Avec la continuation de son règne, on ne pouvait donc plus se flatter d'obtenir la paix ; or tout le monde la voulait à tout prix.

Le duc de Vicence ne craignit pas d'ajouter qu'il connaissait trop bien le Czar pour ne pas être convaincu que sa résolution était irrévocable, qu'il ne s'en départirait pas, à moins d'un changement absolu dans le cours des événements. Il n'y avait donc plus d'illusions à se faire, si le combat devait continuer ce ne pouvait être qu'un combat à mort. Quelles seraient les conséquences de la victoire de Napoléon, en supposant qu'un miracle la lui fit obtenir? A quel prix lui serait-il désormais permis de régner? S'il était vaincu, il aurait à se reprocher d'avoir inutilement sacrifié le reste des braves dont le courage et la loyauté tant de fois éprouvés demeuraient fidèles à sa fortune. Dans ce désastre, tout ce qui l'entourait, tout ce qui devait lui être cher, serait anéanti, sa famille entière avec lui. N'y avaitil pas moyen de sauver quelque chose du naufrage? C'est à sa personne que s'attache la haine des coalisés. Après

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