LES MARÉCHAUX A PARIS
cendait de cheval avec une grande précipitation. Il me demanda s'il trouverait M. de Talleyrand, auquel il apportait une nouvelle de la plus haute importance, et m'engagea à remonter avec lui.
Entré dans le cabinet, il annonça l'arrivée prochaine des maréchaux et du duc de Vicence, qui devaient déjà être à Villejuif et qui arriveraient avant trois quarts d'heure. Il avait pris les devants, depuis Essonnes. Bien qu'il eût pressé le plus possible la course de ses chevaux, il ne pouvait se flatter d'avoir sur eux une plus longue avance. Il nous dit la mission dont ils étaient chargés; ils apportaient au Czar l'abdication de Napoléon, sous condition de la Régence, au nom de son fîls^ Sans M. de Saint-Simon, le gouvernement et l'empereur Alexandre auraient également été pris au dépourvu; dans ce cas, on ne saurait dire ce qui en serait résulté. Il n'était pas impossible que l'empereur se laissât arracher quelque engagement irréfléchi.
M. de Talleyrand fit aussitôt demander M. de Nesselrode, auquel il communiqua ce que nous venions d'apprendre, en le priant d'en informer son maître et de lui demander s'il lui conviendrait de recevoir les maréchaux aussitôt qu'ils se présenteraient ou s'il ne jugerait pas à propos de renvoyer toute conférence au lendemain. Peu de minutes après, M. de Nesselrode revint dire que son maître était décidé à recevoir la députation sur-le-champ, mais qu'aussitôt après l'avoir entendue, il serait bien aise de conférer avec le gouvernement provisoire sur toutes les propositions qu'elle lui aurait faites. On envoya donc chercher tous les membres qui étaient partis; tous revinrent, excepté M. l'abbé de Montesquiou. M. Dessolle était présent; M. de Talleyrand l'engagea ainsi que moi à rester. Nous nous trouvâmes ainsi assister au grand débat. Nous nous établîmes dans le premier salon de l'empereur, où se trouvaient M. de Nesselrode, M. de Pozzo et quelques officiers russes de service auprès d'Alexandre.
Il était environ minuit lorsque les plénipotentiaires de Napoléon furent introduits. Ils parurent fort étonnés de nous rencontrer. Des deux côtés l'accueil fut obligeant. Après quelques mots de conversation générale, chacun se trouva engagé dans une causerie particulière, M. de Talleyrand avec le duc de Vicence. Le hasard m'ayant rapproché du maréchal Macdonald, ce fut avec lui que j'échangeai quelques paroles. Il me dit qu'on devait s'estimer heureux des propositions qu'ils apportaient, qu'ils n'avaient obtenues qu'avec beaucoup de peine. Je lui répondis que la régence ne me paraissait offrir aucune des conditions de sécurité qu'on devait désirer pour l'avenir, cq qui ne m'empêchait pas de reconnaître qu'ils avaient rendu un grand service en amenant Napoléon à ce premier pas. J'ajoutai qu'il ne devait pas compter sur nous pour adopter la proposition dont ils étaient chargés. Au bout de fort peu de minutes la porte du cabinet d'Alexandre s'ouvrit et ils furent introduits. La conférence commença par la proposition qui leur fut faite et qu'ils déclinèrent, d'entrer directement en négociation avec le gouvernement provisoire. Ni eux ni le gouvernement ne pouvaient en effet s'accommoder d'une telle manière de procéder. Ils sortirent au bout d'une demi-heure et nous fûmes reçus à notre tour.
L'empereur Alexandre était debout, et nous, rangés en demi-cercle devant lui; il nous fit dans les meilleurs termes l'exposé le plus clair de tout ce qui venait de lui être dit pour le décider à accepter l'offre de Napoléon. Il nous en fit valoir avec soin, môme avec chaleur, tous les avantages : « Elle terminait tout, elle assurait à la France un a gouvernement qui respecterait toutes ses habitudes et « tous les intérêts nouveaux; le gouvernement restant « entre les mains des hommes qui depuis bien des années « avaient eu la plus grande part aux affaires, aurait néces- « sairement l'habileté désirable. Au dedans, tout se trou-