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ARGUMENTS POUR ET CONTRE LA REGENCE

Alexandre, de ne traiter ni avec Napoléon, ni avec aucun membre de sa famille. Ce fut, je crois, un ménagement habile et dont il nous sut gré.

Après nous avoir écoutés avec une grande patience, l'empereur nous congédia, en nous disant d'attendre dans l'autre pièce. Il fit rentrer les députés de Napoléon. D'après ce que j'ai su depuis, il leur répéta tout ce que nous lui avions dit, avec autant de soin et d'exactitude qu'il en avait mis à nous rendre leurs discours. Ils ne s'étaient pas attendus à cette contradiction. Ils insistèrent sur l'argument qui produisaittoujours le plus d'effet sur l'esprit d'Alexandre : si on acceptait leurs propositions, ils se faisaient forts de l'assentiment universel de l'armée; si on la rejetait, elle serait justement indignée de voir qu'on tenait si peu compte d'un si grand sacrifice de la part de celui qui était toujours l'objet de son culte. Son dévouement pour lui en acquerrait une nouvelle force, il fallait se préparer à la lutte la plus obstinée. Il ne fallait pas croire que l'armée fût aussi ébranlée qu'on le supposait ; en peu do jours on serait étonné de tout ce qui se retrouverait sous les drapeaux de Napoléon et autour de sa personne.

Ces messieurs furent congédiés de nouveau; nous les remplaçâmes ; les choses se passèrent comme la première fois. L'empereur répéta le dernier argument des maréchaux, affectant de se montrer très frappé de la puissance de leurs raisons. Il fallut de nouveau les combattre. L'al)dication devait déconcerter jusqu'aux hommes les plus exaltés, il était impossible qu'elle ne refroidît pas beaucoup les courages. Il y avait trop de bon sens daps le soldat français pour qu'il ne comprit pas que la cause de celui qui descendait lui-même à une telle extrémité était une cause irrévocablement perdue. En dernier résultat, il était évident qu'on ne se battrait plus pour Napoléon, mais bien pour son fils, pour les intérêts d'un enfant; il n'y avait pas là de quoi enflammer beaucoup les imaginations. Il y avait

de l'exagération dans le dévouement si absolu qu'on prétait à l'armée; dans la réalité, elle appartenait plus au pays qu'à Napoléon; les deux causes étant séparées, elle se rangerait, à fort peu d'exceptions près, sous le drapeau qui serait celui de la patrie. La facilité avec laquelle la négociation avec le maréchal Marmont et son corps d'armée avait été conduite en était la preuve. Il importait de voir l'effet que produirait la convention ; les maréchaux l'ignoraient, car leur grande intimité avec le maréchal Marmont en témoignait (1).

EnGn, il fallut bien se servir de l'argument jusqu'alors réservé : l'empereur ne pouvait oublier que les membres du gouvernement provisoire et tous ceux qui avaient été entraînés par leur exemple et leurs conseils, ne s'étaient déterminés que sur sa parole donnée au nom de ses alliés comme au sien, sur sa foi reçue, qu'on ne traiterait plus ni avec Napoléon, ni avec aucun membre de sa famille. Tous ceux qui s'y étaient fiés, étaient exposés à des dangers certains; une implacable vengeance les atteindrait tôt ou tard; les plus sages, les plus heureux seraient ceux qui prendraient la résolution de s'expatrier, et obtiendraient de lui la permission de le suivre et d'obtenir un asile en Russie.

Le général DessoUe s'échauffa beaucoup sur ce sujet; tout en parlant fort bien, il laissa échapper dans son improvisation quelques mots d'une éloquence un peu trop soldatesque. On crut alors que cette liberté de langage, loin de produire un mauvais effet, avait agi puissamment sur Tesprit d'Alexandre, qu'il en avait été frappé comme la preuve de la plus énergique conviction. On l'a dit, on l'a

(1) M. Fain a écrit dans son Manuscrit de i8i4 que les plénipotentiaires de Napoléon ayaient été étonnés et consternés de voir le duc de Rjaguse arriver peu après eux et entrer dans le salon où ils attendaient avec les membres du gouvernement provisoire. Je puis assurer que le duc de Raguse était entré avec eux,, et qu'ils ne témoignèrent aucun étonnement de se trouver avec lui.

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