ALEXANDRE MET FIN A LA CONFÉRENCE
imprimé; c'est une erreur dont la démonstration m'a été depuis complètement acquise (!)•
Lorsque nous nous retirâmes , l'empereur était fort ébranlé. Il avait aussi reçu, pendant sa précédente conférence avec les maréchaux, une note que lui avait fait passer M. de Pozzo, dans laquelle se trouvaient consignés quelques avertissements et des arguments contre la régence. Son parti, suivant toutes les apparences, était donc, sinon tout à fait pris, au moins à peu de chose près arrêté, lorsqu'il nous congédia, en nous disant qu'il avait besoin de réfléchir sur tout ce qu'il venait d'entendre; qu'il était d'ailleurs nécessaire qu'il en délibérât avec le roi de Prusse ; que le lendemain, à neuf heures du matin, nous apprendrions sa résolution. Il avait fait sans doute donner le môme avertissement aux plénipotentiaires de Napoléon.
Il était deux heures du matin, nous avions assisté à une des scènes les plus extraordinaires dont l'histoire ait gardé le souvenir. Un souverain, arrivant des confins de l'Asie, avait fait discuter froidement l'existence d'une dynastie fondée par le plus grand homme des temps modernes, et le rappel de la plus ancienne dynastie européenne, enlevée de son trône vingt-deux ans auparavant par la plus terrible des révolutions. Il avait mis fin à la discussion en disant : « J'aurai décidé demain matin avant neuf heures. » Il est
(i) En 1848, lorsque les affaires furent ter-minées au congrès d'Aixla-Chapelle, il prit fantaisie & Tempereur Alexandre de venir faire à Paris une courte visite au roi de France. Il était utile d'envoyer un oHicier général & la frontière avec mission de le recevoir et de lui faire rendre les honneurs. Les ministres restés à Paris, — le duc de Richelieu était demeuré à Aix-la-Chapelle, — crurent qu'ils ne pouvaient mieux faire que de choisir le général Dessolle. Notre étonnement fut donc grand lorsque nous apprîmes du duc de Richelieu que, loin d'être satisfait de ce choix, l'empereur en avait été très mécontent et avait dit formellement qu'il était étrange qu'on eût pensé à lui envoyer un homme qui avait été si grossier avec lui dans la nuit où on avait discuté dans son cabinet la question de la régence. Je crois qu'il eût trouvé convenable qu'un prince du sang fût venu le recevoir, que le déplaisir de voir qu'on n'y avait pas songé a augmenté l'humeur qu'il ^^téipQignéfe contre le général Dessolle^ :
3i0 MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIER.
permis de croire que le Czar lui-même, malgré le calme qu'il affectait, sentait la gravité de la détermination qu'il allait prendre.
On a dit, et cela n'est pas impossible, que le duc de Vicence avait trouvé moyen de se ménager une nouvelle conférence avec lui, et qu'il lui avait fait une vive impression, en mettant sous ses yeux un tableau des difficultés, des dangers même qu'entraînerait à sa suite la restauration des Bourbons, qu'on lui présentait comme si simple et si facile. Ce qui devait le préoccuper surtout, c'était la nécessité de se prononcer en l'absence du plus puissant de ses alliés qui était si directement intéressé dans la question. Tant qu'il ne s'était agi que de prendre des engagements pour le renversement de Napoléon, Alexandre avait pu s'avancer sans hésitation; mais après l'abdication, il s'agit de conserver la couronne à son fils, au petit-fils de l'empereur d'Autriche, à l'enfant de sa fille chérie. On doit convenir que l'embarras devenait grand pour celui dont l'avis allait trancher la question. Il n'y avait qu'un moyen d'en sortir, c'était de soutenir que l'abdication ne serait qu'une illusion, que la régence n'offrirait qu'une continuation du gouvernement de Napoléon, jusqu'au jour où il viendrait ressaisir audacieusement la direction. Ce fut cette thèse que l'empereur Alexandre soutint auprès de ses alliés. Il n'eut pas de peine à convaincre le roi de Prusse, chez lequel il se rendit dès six heures du matin, et qui donna les mains à un refus absolu de l'abdication sous condition d'une régence.
Restait à faire connaître ce refus aux parties intéressées. Le duc de Vicence et les maréchaux, moins le duc de Raguse, s'étaient, dans leur impatience, rendus chez le Czar, assez longtemps avant l'heure fixée. Il les reçut sans retard; les choses avaient changé à leur désavantage. Il leur était difficile de se prévaloir des sentiments et des résolutions de l'armée; le mouvement convenu entre lo