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DÉFECTION DU CORPS DE MARMONÛ

maréchal Marmont et le prince de Schwarzenberg s'était effectué dans la nuit, malgré Tabsence, malgré la recommandation du maréchal, et sans attendre ses ordres. Le général Souham, d'accord avec le général BordesouUe, avait pris ce parti décisif, sur la connaissance, ont-ils dit, d'une démarche faite par le général Lucotte auprès de l'Empereur pour l'avertir du danger dont le menaçait la défection de son avant-garde.

Quoi qu'il en puisse être, le général Souham arriva à Versailles à la tête de ses troupes, et la nouvelle en était dès le point du jour parvenue à l'empereur Alexandre. Je tiens de M. de Pozzo qu'ayant passé la nuit dans l'un des salons qui précédaient le cabinet de l'empereur, et s'étant mis un instant à la fenêtre pour jouir du lever du soleil, il fut tiré de sa contemplation par une main posée sur son épaule. C'était l'empereur lui-même. Il venait de recevoir la nouvelle, et avait besoin de communiquer la joie qu'il en ressentait. Il la raconta donc à M. de Pozzo, ajoutant avec ce ton d'illuminé qui lui était déjà familier : « Vous « le voyez, c'est la Providence qui le veut, elle se mani- « feste, elle se déclare; plus de doute, plus d'hésitation. »

Les plénipotentiaires comprirent aussitôt qu'ils n'avaient plus rien à espérer et annoncèrent l'intention de retourner auprès de Napoléon pour l'informer du peu de succès de leur négociation et connaître ses dernières résolutions. L'empereur leur avait formellement signifié qu'une abdication pure et simple, pour toute la famille de Napoléon comme pour lui-même, était le seul moyen de suspendre les hostilités, qui seraient sans cela poussées avec la dernière activité, en profitant de tout l'avantage que devait donner l'abandon des positions précédemment occupées par le corps d'armée qui venait de déserter sa cause.

Les choses, comme on le voit, avaient marché avec une extrême rapidité, et lorsque je revins chez M. de Talleyrand à neuf heures, ainsi qu'on en était convenu, personne

né doutait que l'abdication pure et simple ne dût bientôt arriver* Au lieu de cela, une estafette dépêchée en toute hâte, apportait au gouvernement le récit de ce qui s'était passé dans le corps d'armée du maréchal Marmont. Il avait levé ses cantonnements sans se douter de ce que ses chefs allaient faire de lui ; il croyait même s'avancer pour une attaque sur le flanc droit de l'ennemi. En route, il lui fut difficile de ne pas reconnaître que sa marche n'était rien moins qu'agressive, qu'elle était évidemment combinée avec les mouvements que les alliés exécutaient de leur côté. Alors l'idée qu'on les employait pour une trahison s'empara de l'esprit du plus grand nombre des soldats» Tabscnce du général les confirma dans cette idée, dont leur loyauté et leur courage furent également révoltés. Une centaine de cavaliers polonais fit volte-face et regagna au grand galop la route de Fontainebleau. Les officiers eurent assez de peine à contenir les sentiments qui, pendant la dernière partie de la route, se manifestèrent dans tous les rangs et qui éclatèrent avec la plus grande force peu après l'arrivée à Versailles. Tous ou presque tous se mirent à crier « Vive l'Empereur ! » Ils déclarèrent qu'ils voulaient partir pour l'aller rejoindre. Les généraux interposèrent en vain leur autorité, elle fut méconnue, plusieurs furent insultés.

Le maréchal Marmont n'hésita pas à partir. Arrivé à Versailles, il se présenta sur le front de la ligne qui s'était formée dans la grande avenue, en face du château, et fit lire une proclamation qu'il avait préparée, dans laquelle, parlant aux soldats des combats qu'ils avaient soutenus, de 1:1 gloire qu'ils avaient acquise depuis trois mois, il leur adressait des remerciements au nom de la patrie, les assurait de sa reconnaissance, mais leur disait que le moment était venu où la guerre serait sans objet et sans but : « Vous êtes, ajouta-t-il, les soldats de la patrie ; aussi c'est « l'opinion publique que vous devez suivre, c'est elle qui

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