‹ Histoire de mon tempsChapitre 144 sur 223 · MÀRMONT CALME SES TROUPES · texte numérisé non relu

MÀRMONT CALME SES TROUPES

a m'a ordonné de vous arracher à des dangers désormais « inutiles» pour conserver votre noble sang que vous (c saurez répandre encore, lorsque la voix de la patrie et de a l'intérêt public réclamera vos efforts. De bons cantonci nements vont vous ôtre assurés, mes soins paternels « vous feront oublier bientôt, je l'espère, jusqu'aux fatigues « que vous avez éprouvées. »

Cette lecture ne calma guère les esprits. Des murmures éclatèrent ; le maréchal, sans se laisser intimider, prenant le commandement avec l'autorité d'un chef accoutumé à se faire respecter, ordonna un mouvement qui portait les troupes sur la route de Saint-Cyr. Ce mouvement commençait à s'exécuter lorsque le bruit se répandit dans les rangs qu'on allait être cerné et désarmé par les Russes ; des cris indignes se firent entendre ; le désordre fut à son comble. Quelques officiers brisèrent leur épée et arrachèrent leurs épaulettes, des soldats jetèrent leurs armes, des coups de feu furent tirés ; la masse, après s'être dispersée en plusieurs bandes, où tous les corps se trouvaient mêlés, finit par se réunir auprès de la pièce d'eau des Suisses. Là les officiers supérieurs reprenant leur autorité, calmèrent les soldats, les désabusèrent, rétablirent les cadres et les conduisirent à Saint-Cyr, puis de là à Mantes, d'où les corps furent répartis dans les cantonnements désignés.

Il est certain que si, au moment de la plus grande exaltation des esprits, im chef audacieux et dévoué à l'Empereur eût voulu saisir le commandement, la totalité des soldats et presque tous les officiers de second rang, auraient repris avec lui, à tout risque et péril, la route de Fontainebleau, fallût-il même s'ouvrir un passage l'épée à la main. Ce chef ne se trouva pas; ainsi fut terminée une crise qui aurait pu avoir de grandes conséquences.

De tous les coups dont Napoléon fut atteint à cette époque, aucun ne lui fut plus sensible que la défection du maréchal Marmont. Lorsque la nouvelle lui en parvint au

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commencement du jour, il refusa assez longtemps d'y croire; lorsqu'il n'y eut plus moyen d'en douter, il en exprima sa douleur en termes à la fois touchants et amers.

Le maréchal Macdonald arriva le premier à Fontainebleau et rendit à Napoléon un compte exact de tout ce qui avait été tenté inutilement auprès des souverains alliés. Le duc de Vicence et le maréchal Ney arrivèrent ensuite ; l'Empereur eut avec eux une conférence assez longue ; j'ai lieu de croire que sa résistance à la proposition qu'ils apportaient fut vive et opiniâtre. Cependant ils se flattaient apparemment d'en avoir triomphé, car le maréchal Ney, qui ne s'était pas épargné dans le débat, écrivit à onze heures à M. de Talleyrand une lettre dont la conclusion était que « l'Empereur, convaincu de la position critique « oïl il avait placé la France et de l'impossibilité où il se « trouvait de la sauver lui-même, avait paru se résigner et (( consentir à l'abdication entière, sans aucune restriction. « J'espère qu'il m'en remettra demain l'acte formel et « authentique. Aussitôt après j'aurai l'honneur d'aller voir « Votre Altesse. » Le maréchal finissait en disant « qu'un « événement imprévu ayant tout à coup arrêté les négoce ciations dont il s'était chargé dans l'intérêt de la dynastie « de Napoléon, il avait vu dès lors que, pour éviter à sa « chère patrie les maux d'une guerre civile, il ne restait « plus aux Français qu'à embrasser la cause de leurs « anciens Rois ; que, pénétré de ce sentiment, il s'était « rendu ce soir même auprès de l'empereur Napoléon pour « lui manifester le vœu de la nation ».

Cette lettre fut insérée dans le Moniteur du 7. On a attribué, et non sans raison, la promptitude avec laquelle le maréchal Ney s'est alors prononcé en faveur de la maison de Bourbon, à l'influence de sa femme. Elle était fille de Mme Auguié, qui avait été femme de chambre de la reine Marie-Antoinette; elle tenait de sa mère un grand attachement pour ses anciens maîtres.

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