‹ Histoire de mon tempsChapitre 149 sur 223 · INDÉCISION DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

INDÉCISION DE NAPOLÉON

sans détour l'objet de la nouvelle ^mission qu'ils allaient remplir. Ce fut bientôt la nouvelle du quartier général et de l'armée. Celle-ci était déjà dans un abattement difficile à décrire depuis que l'offre de son abdication sous condition de la régence avait été connue; il devint plus grand «(incore quand on apprit que l'abdication entière était devenue la base de la négociation.

On a dit que Napoléon ne se faisait pas encore une idée juste de sa situation, qu'il se persuadait que, jusqu'au moment de la signature, même jusqu'à celui des ratifications, il pouiTaît toujours se rétracter. Qu'il se soit nourri de cette illusion, c'est un fait dont on ne saurait douter, s'il est vrai qu'après le départ de ses plénipotentiaires, il se soit occupé avec le duc de Bassano d'un projet de jonction avec l'armée d'Italie.

Ce qui est certain, c'est qu'il voulut encore passer en revue deux corps de son armée. Il fut reçu avec les acclamations accoutumées, et cet accueil parut lui causer une vive satisfaction. Cependant, en regardant combien étaient faibles les bataillons, glorieux débris des vieilles bandes qu'il avait conduites si longtemps d'une extrémité de l'Europe à l'autre, de tristes réflexions venaient troubler sa joie. Le maréchal Oudinot, auquel il demanda en rentrant dans son cabinet s'il pouvait compter sur le dévouement de son corps d'armée, lui répondit sans hésiter : « Non, Sire, Votre Majesté a abdiqué. — Oui, mais sous a certaines conditions. — Il se peut, Sire, répliqua le marcce chai, mais le soldat ne connaît pas les restrictions poli- « tiques. — Eh bien, donc, répliqua-t-il après un moment a de réflexion, attendons les nouvelles de Paris. »

Les négociations avaient repris leur cours aussitôt après l'arrivée de ses plénipotentiaires. Le duc de Vicence était dans la réalité le seul qui fût en état de les mener à bien. La première chose arrêtée fut une continuation de l'armistice. La France se trouva partagée entre les armées fran*

çaises et les armées alliées. Le point le plus délicat à décider était la résidence de Napoléon. Le Czar, en exigeant son abdication pure et simple, lui avait fait proposer Corfou, la Corse, ou Tîle d'Elbe. J'ai lieu de croire qu'il s'était avancé sans se concerter avec M. de Talleyrand. Je ne sais pas si ce dernieis eût pu ou môme cru devoir s'y opposer. On était si pressé d'en finir, que tout semblait bon pour arriver à ce résultat; les dangers du moment empêchaient de penser à ceux de l'avenir. L'île d'Elbe était bien proche, mais la Corse l'eût été encore davantage; c'était une partie intégrsuate de la France. Jamais Napoléon n'aurait voulu reparaître sur sa terre natale dans de si tristes moments; quant à Corfou, il aurait redouté de se trouver au milieu d'une population qui lui était aussi étrangère; pour mille raisons il ne s'y serait pas cru en sûreté. Le choix de l'île d'Elbe était donc en quelque sorte inévitable; il fallait s'y résoudre. Il fut décidé qu'il la posséderait en toute souveraineté et propriété. Restaient les stipulations sur les rangs et titres qui seraient assurés à Napoléon et aux membres de sa famille, sur les revenus dont ils louiraient. On peut voir dans le traité de Fontainebleau tous les détails de ces stipulations, qui sont curieuses. M. Fain le donne en entier dans son Manuscrit de 1814.

Tout étant donc enfin convenu et arrêté, le traité fut signé à Paris, le 11 avril, par les plénipotentiaires des deux parts. Ceux de Napoléon remirent, en signant, son abdication dont ils n'avaient pas dû se dessaisir jusqu'alors. Elle fut insérée le lendemain dams le Moniteur; elle était ainsi conçue :

« Les puissances alliées ayant proclamé que l'Empereur a Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la « paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à son ser- « ment, déclare qu'il renonce, pour lui et ses héritiers, aux a trônes de France et d'Italie, parce qu'il n'est aucun sacri-

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