‹ Histoire de mon tempsChapitre 150 sur 223 · NAPOLÉON S'EMPOISONNE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON S'EMPOISONNE

« fice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à a faire à l'intérêt de la France.

c Fait au palais de Fontainebleau, le 6 ayril 1814.

a Signé : Napoléon. »

Restaient les ratifications à obtenir et à échanger. Qui pourrait croire que, les choses étant aussi avancées. Napoléon ait encore hésité à donner la sienne? M. Fain assure que, pendant le cours de la dernière négociation, il avait plusieurs fois fait redemander au duc de Vicence, mais en vain, l'acte d'abdication dont je viens de donner le texte, qu'il le lui demanda encore lorsque celui-ci apporta le traité conclu. Le fait, quoique très étrange, peut être admis sur l'assertion de M. Fain ; mais on vient de voir que le duc de Vicence n'avait plus, quand il revint à Fontainebleau, le pouvoir de satisfaire à cette demande. La pièce était livrée et déjà rendue publique.

On trouve encore dans M. Fain le récit, tracé, je crois, avec beaucoup de vérité, de toutes les anxiétés de Napoléon, lorsqu'il lui fallut prendre une résolution qui devait être irrévocable. Elles s'accrurent encore quand il acquit la certitude que l'Impératrice, qui s'était acheminée de Blois dans l'intention de le venir joindre, il le supposait du moins, avait été arrêtée dans sa route, à Orléans; que sur l'invitation de son père, elle se dirigeait d'un autre côté. Ce fut alors que, dans la nuit du 12 au 13, il tenta de se détruire. Le poison qu'il employa, enfermé dans son nécessaire depuis la campagne de Russie, était probablement trop vieux; il manqua son effet, après lui avoir causé de très vives douleurs. L'épouvante fut grande parmi ceux qui l'entouraient. Le chirurgien de service auprès de lui (il s'appelait Yvan) perdit la tête, descendit dans la cour du Cheval blanc, et, ayant trouvé un cheval tout sellé, se jeta dessus, partit au gedop; il n'a plus reparu à Fontainebleau.

Porté comme Tétait Napoléon à croire à la fatalité, îl est probable que le mauvais succès de cette tentative se sera présenté à son esprit comme un signe que le cours de ses grandes destinées n'était point accompli, et qu'il devait so réserver pour celles qui l'attendaient encore. Une fois fixé sur cette pensée, toutes ses incertitudes cessèrent, et le 13 au matin, il donna sa ratification, avant l'expiration du délai de deux jours qui avait été fixé dans la convention.

L'empressement pour se rallier au nouveau gouvernement fut extrême ; on ne peut s'empêcher de remarquer, entre toutes les adhésions, celle du prince de Neufchàtel, major général de l'armée, dont il était par conséquent l'interprète naturel; non seulement il l'envoya en son nom personnel, en qualité de vice-connétable, mais il avait cru pouvoir, dès lors, parler au nom de l'armée tout entière : « Messieurs et sénateurs, avait-il écrit en même temps, « l'armée, essentiellement obéissante, n'a pas délibéré, elle tt a manifesté son adhésion quand son devoir le lui a « permis. Fidèle à ses serments, l'armée sera fidèle au « prince que la nation frangsûse appelle au trône de ses « ancêtres. J'adhère pour moi et mon état-major aux actes « du Sénat et du gouvernement provisoire. »

Napoléon, il importe de le remarquer, une fois son parti pris, se hâta de mettre tout le monde à l'aise; affectant de paraître soulagé d'un très lourd fardeau, il entra familièrement en conversation avec les généraux et les officiers dont il était encore entouré et leur dit que, dans la situation des affaires, la maison de Bourbon était ce qui convenait le mieux à la France. Il alla jusqu'à faire l'éloge du Roi qui était au moment d'arriver, dit qu'il avait de Tesprit, des moyens, qu'il devait être éclairé par l'expérience, qu'on pouvait espérer un règne doux et favorable à tous les intérêts.

M. de Koch donne sur cette conversation des détails qui s'accordent avec ce que j'en ai entendu dire; ce dont je

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