LES ADHÉSIONS
suis très sûr, parce que les témoins les plus dignes de foi me Tont raconté, tous à peu près dans les mêmes termes, c'est qu'il termina ainsi : « Messieurs, dès que je ne reste « plus avec vous et que vous avez un autre gouvernement, a il faut vous y attacher franchement et le servir aussi bien que vous m'avez servi. Je vous y engage et vous (( l'ordonne même. Ainsi ceux qui désirent aller à Paris a avant que je parte, sont libres de s'y rendre, ceux qui a veulent rester feront bien d'envoyer leur adhésion. »
n y avait beaucoup d'habileté dans ce langage, c|ir il lui importait fort que les hommes qui l'abandonnaient eussent encore l'air de lui obéir et ne se crussent pas irréconciliables avec lui. Tout son avenir pouvait dépendre de ces ménagements.
Le Moniteur enregistra les adhésions de toutes les cours, de tous les tribunaux, de l'Université, de tous les corps civils et militaires. Le clergé de Paris se hâta de donner la sienne par l'organe du chapitre métropolitain. Restait à obtenir celle de la garde nationeile; elle était impor teinte parce qu'à celle-là se liait la question de la cocarde aux trois couleurs, celle qu'on appelait depuis vingt-cinq ans la cocarde nationale. Serait-elle décidément abandonnée et remplacée par la cocarde blanche? Les royalistes qui s'étaient prononcés au moment de l'entrée des étrangers n'avaient pas hésité à arborer celle-ci; c'était la plus prompte manière d'exprimer leurs vœux. Mais quand le but était atteint, quand Napoléon était renversé, quand les princes de la maison de Bourbon étaient rappelés, fallait-il donner par ce changement de couleur, aux uns une satisfaction complète, aux autres im très vif sujet de déplaisir? Officiers et soldats, tous, à peu d'exceptions près, n'avaient connu que la cocarde et le drapeau tricolores ; c'était sous ce drapeau qu'ils avaient livré d'innombrables combats, remporté tant de brillantes victoires, acquis tant de gloire; combien de fois n'avait-il pas été teint de leur sang?
L'abandonner, c'était en quelque sorte abjurer des souvenirs qui faisaient tout l'honneur de leur vie; exiger d'eux ce sacrifice, c'était accroître beaucoup des difficultés déjà bien grandes.
Ce qui, pour les militaires, serait si pénible et si douloureux, pouvait ôtre pour beaucoup de fonctionnaires civils et pour de simples citoyens un juste sujet d'inquiétude» Il était à craindre qu'ils n'y vissent le symptôme d'une contre-révolution complète ; or, c'était ce que l'immense majorité des Français redoutait. Il fallait surtout se garder d'en présenter la possibilité à la classe si nombreuse des acquéreurs des domaines nationaux. Tout cela fut dit, exposé, discuté dans plusieiu*s séances du gouvernement provisoire. On y fut très embarrassé; je déclarai qu'à mon avis, il y aurait à garder les couleurs nationales le grand avantage de ne pas les laisser aux ennemis de la maison de Bourbon qui, le jour où ils voudraient lever un étendard contre elle, seraient heureux d'avoir celui-là à ressusciter et pourraient en tirer fort grand profit. J'étais au reste, en parlant sur cette question, plus à mon aise qu'aucun autre, ayant jusqu'alors, par les raisons précédemment déduites, constamment porté la cocarde nationale. Les membres du gouvernement provisoire avaient au contreiire tenu, dès le premier moment, à arborer la cocarde blanche. Ils étaient donc presque engagés; puis il était question de l'arrivée de Monsieur sous peu de jours, on pensait déjà à ce qui serait le plus agréable à ses yeux. On ne pouvait hésiter en voyant l'insistance de l'abbé de Montesquiou sur ce point, lui qui ordinairement prenait peu de part aux discussions. Cependant, on était encore très indécis, lorsque la question fut tranchée par la nouvelle que le maréchal Jourdan, commandant supérieur de la 15' division militaire, avait proclamé à Rouen la constitution adoptée par le Sénat, avait fait jurer aux troupes obéissance et fidélité à Louis-Stanislas-Xavier, et