LA COCARDE BLANCHE
avait fait en conséquence arborer la cocarde blanche. Quelques personnes ont prétendu qu'il avait reçu aupeiravant un faux avis, lequel portait que le corps d'armée du maréchal Marmont avait déjà pris ce parti, mais je ne crois pas à l'exactitude de cette assertion.
L'ordre du jour que le maréchal Jourdan avait publié le 8 à Rouen, arriva à Paris avec son adhésion dans la nuit du 8 au 9. Un tel exemple donné par celui des maréchaux qu'on avait toujours regardé comme le plus attaché aux idées et aux principes de liberté, par celui qui, sous l'Empire, avait presque conservé un renom de républicanisme, par le vainqueur de Fleurus enfin, était décisif. Il y aurait eu un grand danger à laisser une partie de l'armée adopter la nouvelle couleur, tandis qu'une autre partie s'obstinerait à conserver l'ancienne. Du moment où l'impulsion était donnée, il fallait aller jusqu'au bout. On décida donc, dans la matinée du 9, que le commandant de la garde nationale prendrait toutes les mesures nécessaires pour en obtenir sans trop de difficultés le changement de cocarde.
Le général Dessolle avait dit, ainsi que moi, les inconvénients de ce parti, mais comme il prévoyait qu'on finirait par s'y arrêter, il avait déjà fort heureusement employé toute son adresse à y préparer les esprits. Il avait vu l'un après l'autre les personnages les plus influents ; dès le soir même, il crut pouvoir transmettre aux chefs des légions un ordre du jour où il annonçait que le gouvernement provisoire ordonnait à la garde nationale de prendre la cocarde blanche, qui redevenait dès ce moment la cocarde nationale, le signe de ralliement des Français.
Le lendemain matin, malgré tout ce qu'il avait fait et dit durant les jours précédents, bien que cet ordre fût officiellement annoncé dans le Moniteur^ il eut encore à supporter de nombreuses et très vives représentations dont il triompha cependant en employant les formes les plus con-
cillantes. Avec les Français, ce qui le plus souvent suffit pour les gagner, c'est qu'on veuille bien les entendre; quand un supérieur surtout sait discuter de bonne grâce avec eux, ils aiment généralement à lui donner raison. La mesure ordonnée fut donc exécutée plus facilement qu'on ne s'en était flatté.
La garde nationale, une fois engagée, fut irrévocablement acquise; son zèle alla toujours croissant. Bientôt elle présenta un effectif de plus de quarante mille hommes, bien armés, bien équipés, de la plus belle tenue, dont le dévouement ne s'est pas démenti. Ne les avons-nous pas vus^ en effet, supporter pendant plusieiu*s mois, sans en paraître fatigués, le plus pénible service? N'ont-ils pas constamment offert à l'étranger le spectacle imposant d'une force militaire vraiment nationale entouraucit le trône des Bourbons? La vue d'une si belle troupe, sortie spontanément de la partie de la population la plus sage, nécessairement la plus amie de l'ordre, donna aux étrangers, j'ai eu lieu de le reconnaître, une très haute idée de la force intrinsèque du pays, des ressources qu'il pouvait trouver dans son sein, et leur fit comprendre les ménagements qu'il était nécessaire de garder avec une telle nation.
Le gouvernement provisoire prit plusieurs mesures sages qui devaient amener l'apaisement dans les esprits. Par une juste réciprocité de ce que rempereiu* Alexandre avait accordé pour ses prisonniers français, les prisonniers russes qui étaient en France furent remis à la disposition du général en chef des armées russes. Quelques prisonniers de guerre importants, ou plutôt quelques otages enlevés en Prusse étaient enfermés dans le château de Saumur; Tordre fut donné de les élargir sur-le-champ. Leur sortie ne précéda que de bien peu celle des autres détenus qui se trouvaient enfermés dans le château de Vincennes; tous avaient été arrêtés pour faits politiques. Plusieurs étaient enfermés depuis des années. Plus do