LES CORRESPONDANCES
inspecteur général du génie. Ses talents incontestables, ses éminents services, qui dataient de la reprise de Landrecies en 1794, lui donnaient beaucoup de droits à cette haute destination ; il était juste de mettre fin à une disgrâce qui avait généralement paru trop rigoureuse, lorsque surtout on l'avait vue se prolonger indéfiniment. Il l'avait encourue pour avoir, avec une faiblesse qu'on ne devait pas attendre de lui, accepté du général Dupont la mission de conclure, après la fatale affaire de Baylen, la capitulation que celui-ci s'était vu réduit à accepter (1).
Comme on ne négligeait rien pour être agréable au public et lui faire prendre confiance dans le nouveau gouvernement, on pensa à assurer le plus possible le service des corresppndances. Dès le 4 avril, le public avait été prévenu, par un avis du directeur général, M. de Bourrienne, que l'immense quantité de lettres retenues depuis trois ans dans le dépôt, tant celles venues d'Angleterre que celles provenant des autres pays, allaient être expédiées à leur adresse. Le 9, un arrêté fut rendu par le gouvernement provisoire pour ordonner à tous les magistrats et administrateurs de feiire respecter la libre circulation des lettres. A la même date, un autre arrêté pourvut au moyen de faire rentrer dans le Trésor les fonds enlevés dans les journées qui avaient précédé l'occupation de Paris par les troupes alliées. Il en rendit responsables tous les dépositaires qui n'en effectueraient pas le versement surle-champ dans les formes et comme il était prescrit par ledit arrêté.
Il était important de rassurer sur leur situation les membres du Conseil d'État. Sachant mieux que personne tout ce que ce corps renfermait de capacités et d'hommes justement considérés, j'insistai pour qu'on s'efforçât de les
(i) Le général Marescot n'avait aacan commandement dans cette armée. Il ne s'y trouvait que parce qu'elle devait lui ouvrir le passage sur Cadix, où il avait ordre de se rendre.
33i MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIER.
rallier. Le gouvernement provisoire arrêta donc, sur ma demande, le 6 avril, que ce Conseil aurait à reprendre ses fonctions, qu'il serait, attendu l'absence de Tarchichancelier, présidé par Tarchitrésorier, et que le travail dont les différentes sections se trouvaient chargées ne devait souffrir aucune interruption. « Le gouvernement verra avec « une grande satisfaction, était-il dit dans cet arrêté, que « des hommes aussi éclairés, qui dans toutes les circon- « stances ont donné des preuves de leur amour pour la « patrie, continuent à concourir par leurs lumières aux « changements politiques que la force des choses a néces- (c sites. »
Cependant, il fut avec raison jugé à propos, le lende* main 8, d'aller au-devant de la trop grande extension que quelques personnes pourraient être tentées de donner à cette déclaration. Le gouvernement provisoire statua que : « les commissaires nommés provisoirement par lui aux « départements de la guerre, de l'intérieur, des finances et « des cultes, pourvoiraient par eux-mêmes aux directions a générales qui dépendaient de leurs départements respeo- « tifs et qui se trouvaient vacantes par fait d'absence. » Il ajouta que « les ministres membres du Conseil d'État, <c administrateurs et autres fonctionnaires qui avaient suivi « l'ancien gouvernement, ne pourraient reprendre leur « service que d'après un acte spécial émané de lui ».
Les commissaires délégués à l'effet de remplir provisoirement les fonctions de ministres étaient enfin arrivés à leur poste; on pouvait espérer que la correspondance administrative allait reprendre entre leurs mains quelque activité. Cela était fort à désirer, surtout pour le ministère de l'intérieur, dont le comte Beugnot se trouvait chargé. C'était lui précisément qui s'était fait le plus attendre; il est juste de dire qu'il avait, avant de venir, puissamment contribué à l'adhésion fort importante du général Maison, qui commandait à Lille, et qui depuis deux mois s'était