LE FAUBOURG SAINT-ANTOINE
là OÙ les besoins étaient les plus pressants. Les moments critiques se passèrent de cette manière plus heureusement qu'on ne pouvait s'en flatter.
Quant au faubourg Saiift-Antoine, où se trouvaient les tètes les plus ardentes et où fermentaient encore quelques restes des vieux levains de la Révolution, il exigea de moi une attention plus particulière. Je me servis, pour le contenir, d'un homme qui avait marqué entre les plus ardents patriotes des temps les plus orageux, mais qui était en même temps homme d'esprit et do talent. M. Tissot, connu par une traduction des Bucoliques de Virgile, ayant longtemps professé, sous l'abbé Delille, la littérature latine, habitait alors le faubourg Saint-Antoine, où le duc de Rovîgo le trouva établi lorsqu'il arriva au ministère de la police. Il lui ordonna de transporter son domicile au centre de la ville.Lorsque j'entrai à la préfecture de police, je le trouvai dans cet état de suspicion, même en danger de perdre son professorat. Il me parut qu'on le traitait plus sévèrement qu'il n'était nécessaire; je le pris donc sous ma protection et parvins à calmer le duc de Rovigo. Grâce à moi, il avait été laissé en paix depuis trois ans. Je le fis venir, lui fis entendre qu'avec ses antécédents il pourrait lui être fort utile un jour d'avoir rendu un important service au gouvernement qui s'établissait, qu'il en avait le moyen, s'il voulait retourner au faubourg et user de son ancien crédit pour le tenir en repos. Il accepta sans hésiter, me promit que je serais averti de tout ce qui pourrait fournir un motif à la plus légère inquiétude, et m'assura qu'il s'emploierait tout entier à calmer les têtes effervescentes; il me tint parole. Dès le lendemain, il fut de retour à son ancien gîte. Je sus bientôt qu'il agissait avec grande franchise et fort efficacement dans le sens que je lui avais indiqué. Je lui donnai aussi quelques secours à distribuer, ce dont il s'acquitta avec conscience et discernement.
Les adhésions devenaient innombrables; on peut lire les
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plus importantes dans le Moniteur; elles sont curieuses par Tempressement qu'elles témoignent, par les tournures inventées pour donner à cet empressement tout le relief possible. On y voit les cardinaux, les archevêques, les évoques, les chapitres, les consistoires, les tribunaux, les avocats, les administrateurs de toute espèce, les corps miUtaires de la garde, les maréchaux, les généraux, ceux mêmes qui pouvaient se regarder comme les plus compromis ; le général Hulin, par exemple. Mais les plus remarquables peut-être de ces adhésions sont celles qui arrivèrent de Blois; là se trouvaient les ministres, les chefs de tous les grands services, les hommes enfin qui devaient être le plus attachés au gouvernement impérial. L'archichancelier, qui marchait à leur tête, prêcha d'exemple, aucun ne fut plus diligent. Dès le 4, il avait écrit à M. de Talleyrand en ces termes : « Monseigneur, les princes grands dignitaires étant « sénateurs, je crois devoir, en tant que de besoin, adhérer « à tous les actes faits par le Sénat depuis le 1" avril couce rant. » Le 9, il crut devoir envoyer encore une nouvelle adliésion aux actes faits depuis le !•' avril, ainsi qu'aux dispositions qui étaient u la suite de ces actes ».
Il est impossible de ne pas faire une petite place dans cette énumération au fameux Merlin de Thionville, conventionnel de si célèbre et redoutable mémoire, régicide en outre ! Oublié pendant longtemps, il avait dans les derniers moments offert ses services à Napoléon, avait reçu mission de lever un corps franc; nul n'était plus en état que lui de s'en bien acquitter, il avait commencé avec le plus grand zèle. On peut lire dans le Moniteur comment il jugea à propos de cesser l'organisation à laquelle il travaillait, du moment où il sut que la paix était le fruit des soins du gouvernement provisoire, et comment il se hâta, en adhérant à tout ce qu'avait fait ce gouvernement paternel^ de lui offrir ses services.
Le 10, qui était le jour de Pâques, la ville do Paris eut