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LA FÊTE DE PAQUES A PARIS

le spectacle d'une cérémonie très imposante. Un autel fut élevé avec une pompe toute militaire sur la place Louis XV, qu'on avait depuis 1792 appelée tantôt place de la Révolution, tantôt place de la Concorde. Dans l'ordonnance que je rendis pour les mesures de police à prendre pour cette cérémonie, je lui donnai son ancien nom. Toutes les troupes alliées avaient été dès le matin disposées sur le boulevard, qu'elles occupaient depuis l'Arsenal jusqu'à la rue Royale. Elles défilèrent devant le roi de Prusse et l'empereur Alexandre qui se trouvaient à l'entrée de cette rue, puis elles vinrent se ranger sur la place, dans la partie voisine des Champs-Elysées, où elles entendirent le Te Deum et reçurent la bénédiction qui fut donnée par des prêtres du rite grec. Les souverains baisèrent la croix qui leur fut présentée par ces prêtres., Le temps était magnifique, une foule immense couvrait la terrasse des Tuileries et remplissait les quais et les rues adjacentes. Cette pompe militaire et religieuse tout à la fois produisit une grande impression. Il se trouva que cette année la fête de Pâques tombait pour le rite grec, ce qui est infiniment rare, le même jour que pour l'Église romaine; l'occasion fut habilement saisie pour répandre dans le peuple des idées de paix et de concorde.

Mais cette journée, si calme et si rassurante à Paris, était ailleurs signalée par une sanglante catastrophe. Dans ce même moment, l'armée française et l'armée anglaise étaient aux prises sous les murs de Toulouse. Cette dernière bataille livrée entre le duc de Wellington et le maréchal Soult, fut encore glorieuse pour les armées françaises, malgré l'échec qu'elles éprouvèrent. On a dit que les dispositions du maréchal avaient été belles et bonnes, mais que, pendant l'action, il avîiit fait des fautes qui lui avaient enlevé les avantages qu'il aurait dû en recueillir. Cela peut se croire facilement, parce que tel a toujours été, suivant les gens du métier, le côté faible de son talent ; mais il

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avait dans tous les cas une infériorité de forces qui ne lui permettait guère d'espérer un succès.

Bien que cet événement n'ait pas exercé en apparence une grande influence sur les affaires, bien que la question de la Restauration fût déjà irrévocablement décidée à Paris, il est cependant certain qu'il eût été fort à désirer pour la France que cette bataille n'eût pas été donnée ou qu'elle eût été gagnée. Dans la première hypothèse, ses forces restant intactes dans le Midi, elle se fût trouvée en meilleure position pour le traité de paix définitif; l'armée anglaise, surtout son général, n'auraient point achevé d'acquérir le renom Ijui leur est demeuré, et l'ascendant exercé par les Anglais eût été moins marqué dans les négociations qui ont décidé les plus graves questions pour notre pays. Dans la seconde hypothèse, on aurait peut-être évité, au moins en partie, la rigueur des conditions préliminaires auxquelles il a bientôt après fallu souscrire.

On a prétendu que cette sanglante rencontre aurait été évitée si le préfet de Montauban, M. Bouvier-Dumolard, n'avait pas arrêté, ou au moins considérablement retardé dans leur marche, deux parlementaires envoyés d'un commun accord par les alliés et par le gouvernement provisoire au duc de Wellington et au maréchal Soult. Ils devaient, en leur faisant connaître l'armistice qui venait de se conclure entre la grande armée des alliés et l'armée française, intimer l'ordre d'arrêter les hostilités (1). M. de Beauchamp ne pouvait manquer d'accueillir ce fait, il l'a consigné comme certain dans son Histoire de la campagne de 1814. M. Bouvier- Dumolard a soutenu que l'accusation était sans fondement. Je n'ai point été à même de vérifier son assertion ; mais quand les parlementaires auraient rencontré quelques difficultés à Montauban, quand il en serait résulté un retard, je n'en

(d) L'un des parlementaires était M. de Saint-Simon, celui qui nous avait apporté l'avis si important de l'arrivée des maréchaux et du duc de Vicence dans la soirée du 4.

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