RÉSISTANCE DE M. HÀREL A SOISSONS
serais nullement étonné ; M. Bouvier-Dumolard était fort zélé pour le service de l'Empereur et n'a dû reconnaître le gouvernement provisoire qu'à la dernière extrémité. Il faut être juste pour les administrateurs placés à une grande distance; leur position était fort délicate, entre une proclamation qui leur venait de Blois au nom de la régence, et les nouvelles qu'ils recevaient de Paris.
La question de savoir à qui l'obéissance était due pouvait paraître à quelques fonctionnaires fort obscure. Entre ceux qui ont depuis fait le mieux valoir leurs services, j'en connais plus d'un dont l'hésitation a été grande. Comme exemple de ces situations difficiles, je puis citer celle d'un jeune auditeur nommé Harel, que Napoléon avait envoyé à Soissons en qualité de sous-préfet, même, je crois, de commissaire extraordinaire. On peut se rappeler à quel point la prompte reddition de cette ville avait été fatale au succès de sa grande opération sur la Marne. Il avait donc fait en y entrant les injonctions les plus formelles à toutes les autorités civiles et militaires auxquelles on en confiait la garde, leur demandant de la défendre jusqu'à la dernière extrémité; en efi'et, elle tint assez longtemps encore après l'entrée des alliés dans Paris. Ils avaient été obligés de laisser devant ces mauvaises murailles un corps de troupes qui était uniquement occupé à les bloquer. Or, l'approvisionnement de Paris ne laissait pas que de souff^i'ir du blocus, Soissons étant situé sur une des routes les plus importantes pour l'arrivage des farines. On avait beau envoyer des parlementaires à M. Harel et lui faire les récits les plus exacts, les plus détaillés sur l'état vrai des aflaires, il ne voulait croire à rien, ne voyait dans toutes les démarches qu'on tentait auprès de lui que des pièges tendus avec plus ou moins d'adresse. Il ne se décida à ouvrir les portes de la ville que sur une lettre do moi. En vérité, on ne pouvait nier qu'il fût très fondé dans ses méfiances et sa résistance ; on a donc eu grand tort de les lui reprocher.