‹ Histoire de mon tempsChapitre 161 sur 223 · ENTRÉE DE MONSIEUR A PARIS · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE MONSIEUR A PARIS

garde nationale. Elle seule occupait les postes et faisait la haie. Ainsi la pompe avait une couleur entièrement française; toutes les pensées affligeantes étaient, autant que possible, écartées. Les rues à traverser pour aller de la barrière à Notre-Dame et de Notre-Dame aux Tuileries étaient celles qu'on pouvait considérer comme appartenant plus spécialement à la classe bourgeoise, marchande, à la garde nationale par conséquent. Les fenêtres étaient garnies des femmes, des sœurs, des filles des gardes nationaux, tout heureuses de la part que prenaient à ce grand événement leurs maris, leurs frères, leurs pères. Une joie sincère éclatait. On peut dire que ce fut à la garde nationale que revinrent le mérite et l'honneur de cette brillante journée. Partout on entendait les cris de : a Vive la maison de Bourbon ! Vive le Roi 1 Vive Monsieur ! » Les murailles étaient en beaucoup d'endroits tapissées comme jadis pour la Fête- Dieu; des drapeaux blancs pendaient à toutes les fenêtres, des fleurs étaient jetées. Cette joie avait tous les caractères d'une émotion vraie et spontanée.

Je crois n'avoir rien exagéré dans le tableau que je viens de tracer; personne n'a été plus que moi à portée de bien voir. Je faisais partie du cortège, j'étais fort près des princes, j'ai donc beaucoup vu par mes yeux; les rapports qui m'ont été faits à la fln de la journée m'ont prouvé qu'il en avait été de même sur tous les points où mes regards n'avaient pu atteindre; nul cri hostile ne se fit entendre. Le peuple fut moins entraîné que la classe bourgeoise, mais parmi ceux qu'on eût pu accuser de tiédeur, il eût été impossible de signaler la moindre expression de mécontentement.

J'ai dit que Monsieur était descendu à Notre-Dame. Il fut reçu par le chapitre, ayant en tête un de ses membres. Cette particularité est digne d'attention. Le cardinal Maury était, comme on voit, mis de côté. Nommé par Napoléon archevêque de Paris, il n'avait jamais pu, on doit s'en souvenir, obtenir ses bulles d'investiture; il ne lui restait dès

lors d'autre titre, la puissance qui Tavait installé ayant disparu, que celui qui lui venait du chapitre auquel avait été imposée l'obligation de le nommer administrateur du diocèse. Or, sa conduite à l'égard de plusieurs chanoines n'avait que trop justifié l'éloignement qui s'était manifesté contre lui dès sa première apparition à l'archevêché. Il n'est donc pas étonnant que la première occasion de s'en séparer ait été saisie avec empressement. On a commencé par l'inviter à se démettre de ses fonctions. Sur son refus, le chapitre a pris une délibération qui lui retirait tous les pouvoirs dont il avait été investi. Cette révocation fut accompagnée de quelques expressions assez sévères. En vain avait-il essayé de faire quelque résistance, d'en appeler au gouvernement provisoire, celui-ci n'avait aucune envie de se déclarer son champion, et n'était même pas fâché de s'en voir débarrassé. Sa présence sur le siège de Paris ne pouvait être que très désagréable à la maison de Bourbon; je ne serais pas même étonné quand la résolution du chapitre aurait été provoquée par l'un des membres du gouvernement. Quoi qu'il en puisse être, le cardinal fut obligé de rester à l'écart et, de ce moment, son rôle en France peut être considéré comme fini. Le dernier de ses actes publics est, je crois, l'adhésion du chapitre aux actes du Sénat, qu'il signa comme administrateur de la métropole (1).

La cérémonie qui eut lieu dans l'intérieur de la cathédrale ne pouvait être magnifique; on n'avait pas eu le temps de décorer l'édifice; elle fut cependant d'un grand ^ffet.

Monsieur rentra enfin dans le palais de ses pères. Marie- Louise en était sortie quinze jours auparavant, emportant

(1) Cette adhésion du chapitre de Paris a cela de particulier qu'on voit dans son libellé qu'il avait cru devoir la fortifier et peut-être la justifier en y joignant celle qu'il donnait en même temps à l'arrêté du Corps législatif, à l'acte d'adhésion de la Cour de cassation et aux déclarations du conseil général et du conseil municipal.

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