FIN DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE
avec elle la dynastie des Napoléon. A son entrée, le drapeau blanc fut arboré sur le pavillon du milieu. Les appartements étaient remplis de généraux, de fonctionnaires; les rangs étaient si pressés que le prince eut beaucoup de peine à les traverser. On ne pouvait se tirer mieux qu'il ne le fit de la corvée si pénible d'avoir à répondre à tant d'empressement; on fut généralement satisfait de ses manières affables et de ses paroles. Beaucoup d'édifices publics, la plupart des maisons particulières furent spontanément illuminés. On joua le soir, au Théâtre-Français, La partie de chasse^ qui fut l'occasion de cris unanimes en faveur de la maison de Bourbon.
A partir de ce jour, il est vrai de dire que la scène politique a changé complètement, le règne du gouvernement provisoire est fini. Il a bien fait encore quelques actes marquants, ses principaux membres ont, sous une dénomination différente, conservé pendant plusieurs jours, plusieurs semaines même, une assez grande importance, mais leur influence, allant toujours en diminuant, a été quelquefois contrariée, même ouvertement dédaignée. En dernier résultat, il ne fut plus question, à partir du 12 avril, de cette sorte de pouvoir absolu qu'ils avaient depuis le 31 mars exercé sans contrôle. Tous ces hommes qui, dans ces temps si difficiles, avaient rendu tant de services, bravo des dangers certains, porté les plus redoutables responsabilités, suffi aux plus écrasantes charges, qui avaient droit à des égards, sinon à la reconnaissance, furent écartés! Alors ont commencé pour eux, pour ceux qui s'étaient directement associés à leurs travaux, de grands mécomptes qui n'ont pas été sans influence sur l'avenir. Il fallait donc en signaler le début.
Quels seraient les pouvoirs de Monsieur? quel titre devait-il prendre? Le présenterait- on au peuple comme lieutenant général du royaume? Lui reconnaîtrait-on ce titre sur-le-champ, en supposant qu'il le tenait de son
frère? Ou bien, le lui ferait-on déférer par le Sénat? Le gouvernement passerait-il entièrement entre ses mains? L'abbé de Montesquiou n'avait pas d'hésitation , ni sur l'un ni sur l'autre point. M. de Talleyrand ne partageait pas entiè- ■ rement cette manière de voir; il ne prenait pas la peine de ^ la contester en droit, mais il la disait inapplicable en fait et dangereuse dans les circonstances présentes. Suivant lui, il fallait avant tout être conséquent; le Sénat avait fait une Constitution, le Roi ne pouvait régner avant de l'avoir acceptée et jurée; il ne pouvait donc déléguer un pouvoir qu'il n'était pas encore en mesure d'exercer. Que ce fût bon ou mauvais en soi, juste ou injuste, régulier ou irrégulier, c'était un fait constant auquel on devait obéir. On s'était si bien trouvé jusqu'alors d'avoir recours au Sénat, pourquoi ne pas continuer comme on avait commencé? Il ne serait pas plus difficile de lui persuader de donner la lieutenance générale à Monsieur qu'il ne l'avait été de l'amener à rendre la couronne à son frère. Quant à l'étendue du pouvoir dont Monsieur devait être mis en possession, rien de mieux que de lui tout abandonner en apparence, pour la forme, mais à condition qu'on lui ferait entendre qu'il devait accepter comme principaux agents et conseillers les seuls hommes qui fussent capables de l'aider dans cette tâche délicate et difficile. Ces hommes étaient évidemment les membres du gouvernement provisoire, ceux qui depuis le 31 mars avaient rempli les fonctions ministérielles, qui avaient enfin, dans des postes importants, pris une part active aux afl*aires. Il serait par trop déraisonnable, disait M. de Talleyrand, de s'en remettre dans un moment aussi critique à l'inexpérience passionnée de quelques ambitieux entreprenants qui ne manqueraient pas do s'offrir au prince et qui auraient bientôt usurpé sa confiance.
Cette manière de voir prévalut; l'abbé de Montesquiou, au reste, ne la combattit qu'en soutenant que Monsieur