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CHAPITRE XVIII

L'Empereur à Fontainebleau après l'abdication; ses confidences au duc de Vicence; son départ. — Le trésor de la liste civile est ramené à Paris; M. de Maubreuil prétend que des effets ont été dérobés; pour les recouvrer, il se fait délivrer des passeports par toutes les autorités. — Il arrête la reine de Westphalie à Fossard ; lui-même est incarcéré quelques jours après. — Enquête poursuivie par la préfecture de police ; elle établit la culpabilité de Maubreuil ; celui-ci prétend alors avoir été chargé par M. de Tallejrand d'assassiner l'Empereur. — Rapport probable entre cette affaire et le complot du duc de Dalberg. — Lieutenance générale de Monsieur. — Les exigences royalistes croissent sans cesse. — Les journaux et les pamphlets. — La censure. — Rojer-CoUard reçoit la direction de la librairie. — Efforts faits pour soulager la misère des ouvriers. — Nouvelles adhésions de généraux. — Mauvaises dispositions de l'armée et du peuple. — La convention du 23 avril; elle accroît encore le mécontentement. — Situation délicate de M. de Talleyrand.

Après avoir signé son abdication et ratifié le traité qui en était la conséquence, il ne restait plus à l'empereur Napoléon qu'à s'occuper des préparatifs de son départ ; la prolongation de son séjour en France ne profitait à personne, pas même à lui. Sa résidence à Fontainebleau était un sujet continuel d'inquiétudes bien ou mal fondées, sincères ou affectées. Il fallait bien peu de chose pour causer ces inquiétudes que les royalistes étaient toujours les premiers à propager ; ainsi l'arrivée à Paris du valet de chambre de Napoléon et de son mameluk, qui l'avaient quitté, voulant jouir en paix do leur petite fortune, avait suffi pour mettre en mouvement tous les plus zélés serviteurs dont les soins et les avis empressés assaillaient le château. J'eus grand'pcine à calmer les craintes ([u'ils étaient venus à bout de faire naître. Ce qui méritait attention, c'était

l'impression que produisait sur l'esprit des soldats la pensée que leur Empereur était toujours là, que d'un moment à l'autre il pourrait reparaître et revenir se mettre à leur tête. Leur espoir était accru par le déplaisir que leur causait ce changement de cocarde auquel ils ne se soumettaient qu'avec un vif regret.

Tout a été dit sur ce qui se passa à Fontainebleau, sur les circonstances qui accompagnèrent le départ de Napoléon, sur ses derniers adieux à ses serviteurs, aux troupes dont il était encore entouré. On ne peut contester qu'une fois son parti pris, son attitude n'ait été noble et résignée, et qu'il n'ait montré une grande élévation de sentiments. Ses conversations bien connues avec ceux qui l'approchaient en offrent la preuve. C'est avec le duc de Vicence qu'il s'ouvrit avec le plus d'abandon ; ses confidences sont restées secrètes, cependant j'en ai eu quelques révélations. Il s'exprima sur le compte de l'homme qui lui avait fait le plus de mal, sur M. de Talleyrand, avec une rare modération, même avec indulgence : « Au fond, disait-il, celui-là « m'a très bien servi, tant qu'il m'a servi; je me suis « brouillé avec lui peut-être un peu légèrement, je l'ai « alors maltraité. Il devait être tenté de se venger; un « esprit aussi délié que le sien ne pouvait manquer de « reconnaître que les Bourbons s'approchaient, qu'eux <c seuls pouvaient assurer sa vengeance. Il a donc été au- « devant d'eux, c'est tout simple; J'ai fait une grosse faute ; « l'ayant conduit au point de mécontentement où il était « arrivé, je devais ou l'enfermer ou le tenir toujours à mes <c côtés. »

Sa grande et continuelle indignation portait sur le maréchal Marmont; pour lui il ne trouvait aucune excuse; jamais l'ingratitude n'avait été poussée plus loin ; il ne se reconnaissait qu'un tort à son sujet, celui d'avoir poussé sa fortune beaucoup au delà de ses mérites.

La proclamation du conseil municipal de la ville de Paris

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