NAPOLÉON PART POUR L'EXIL
était peut-être ensuite l'acte dont il se montrait le plus blessé, d'abord parce qu'il avait paru le premier, ensuite parce qu'il y voyait une spontanéité qui révélait des haines que rien ne lui avait fait présager. Le nom de M. de Chabrol qu'il avait trouvé au bas de cette pièce l'avait surtout attristé : « Je l'ai comblé, disait-il, lui et toute sa famille, « et pourquoi? Quels étaient leurs titres? En vérité, je « n'en sais rien. » Il parla aussi de moi avec dépit, mais sans amertume, a J'en avais toujours fait cas, je le tenais « pour homme de mérite, j'aimais à y compter, il m'a « quitté aussi ; mais du moins il a pris sa résolution fran- « chement, en sachant ce qu'il voulait et quand il y avait a encore du danger. Cela excuse beaucoup de choses, et a au moins il m'a prévenu du parti qu'il prenait. » Voilà, j'ai des raisons d'en être certain, ses propres expressions à mon sujet.
Le prompt abandon du prince de Neufchâtel lui fut très sensible ; on ne doit pas s'en étonner. Chaque jour les déplaisirs de cette nature allaient se multipliant pour lui. U partit le 20. Je n'ai point à raconter ce qui se passa sur sa route jusqu'à son embarquement; je n'aurais rien à apprendre à personne, l'histoire de ce voyage est trop généralement connue. Mais il est une affaire qui s'y rattache, dont je dois rendre compte, parce qu'elle a fait beaucoup de bruit et parce qu'elle est encore enveloppée de quelques nuages que je veux dissiper, c'est celle de M. de Maubreuil.
On doit se souvenir des arrêtés qui avaient été pris par le gouvernement provisoire et que j'ai eu soin d'énumérer, pour faire rentrer au Trésor et dans les différentes caisses de l'État les sommes qui, dans les derniers jours du mois de mars, en avaient été enlevées par les ordres de Napoléon ou de la Régence. Des commissaires avaient été envoyés dans plusieurs directions pour exécuter ces arrêtés, et M. Dudon avait été spécialement chargé par M. Louis
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d'aller à la recherche des diamants et du trésor de la liste civile qui avaient suivi Marie-Louise à Blois, et qu'avait accompagnés M. de La Bouillerie, trésorier de la liste civile. M. Dudon n'avait eu aucune peine à faire revenir à Paris le trésor et M. de La Bouillerie, qui ne demandait pas mieux que de le ramener. Mais, arrivé à la porte de Paris, le convoi tomba dans une troupe conduite, si je ne me trompe, par un sieur de Lagrange, qui avait, disait-il, mission de le saisir. De qui la tenait-il? je ne saurais le dire. Les caissons au lieu d'être déposés au Trésor devaient être portés aux Tuileries. Cet incident fut l'occasion d'une dispute très vive entre M. Louis et les conseillers de Monsieur, qui auraient voulu lui composer avec les huit ou dix millions retrouvés, un trésor particulier. Ils fondaient leurs prétentions sur ce que ces sommes provenaient de la liste civile. Suivcmt M. Louis, peu importait d'où elles venaient ; le service public devait être assuré avant tout; il soutenait, non sans raison, que, dans la pénurie oii se trouvait le Trésor, ce secours lui était indispensable. Dans ce conflit, je me souviens que les caissons restèrent une ou deux fois vingt-quatre heures dans la cour des Tuileries, sans être déchargés, confiés à un poste de la garde nationale et de la gendarmerie dont M. Louis avait réclamé le secours. Les commissaires envoyés par le ministre des finances n'étaient donc pas, ainsi qu'on vient de le voir, les seuls agents qui se missent en mouvement pour des recherches et des recouvrements de cette nature, le zèle se montrait grand sur ce point du côté des royahstes. Parmi eux M. de 3Iaubreuil s'était signalé par son zèle. Il avait, dans la personne de M. Laborie, un protecteur spécial; et M. Laborie, en sa qualité de secrétaire adjoint du gouvernement provisoire, dès les premiers moments, s'était mis en position d'introduire dans les antichambres et les premiers cabinets de M. de Talleyrand une foule de personnes venant offrir leurs services, et dont il garantissait