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L'AFFAIRE MAUBREUIL

toujours le mérite, le zèle, les bons sentiments. Il faut l'avoir vue, pour se faire une idée de la foule qui se pressait alors dans un si petit espace, et de Tincroyable mélange dont elle se composait; tous les rangs de la société, toutes les couleurs d'opinions, toutes les natures d'existence s'y trouvaient confondus. Spectacle d'autant plus étrange qu'à l'étage supérieur était logé le Czar avec ses principaux officiers, que ses gardes remplissaient la cour et les escaliers de l'hôtel. Nul doute que M. de Maubreuil, sous l'aile de son protecteur M. Laborie, se soit trouvé plus d'une fois dans cette foule, qu'il ait été présenté à M. de Talleyrand et à quelques-uns des membres du gouvernement provisoire. Il en aura reçu des mots obligeants et insignifiants, distribués en pareil cas à tout venant. Ce n'était pas assez pour le satisfaire, il cherchait un bon coup à faire, voici ce qu'il imagina. Il prétendit, sur le témoignage du sieur de Lagrange qui s'était entremis si à propos pour la rentrée du trésor de la liste civile, que deux caisses contenant des effets précieux, peut-ôtre une partie des diamants de la couronne, manquaient encore parce qu'elles avaient été remises à Napoléon ; il offrit de les aller chercher partout où elles pourraient se trouver. Il paraît qu'il voulut d'abord se faire donner pour cette recherche une autorisation et des ordres par M. de Sémallé ; celui-ci l'ayant repoussé, il s'adressa au ministre de la guerre, le général Dupont, et obtint le 16 un ordre aux autorités militaires, à toutes les troupes françaises qui se rencontreraient sur sa route, de lui prêter main-forte. Comment M. Dupont prit-il cette initiative, comment sems être autorisé par aucim de ses collègues, donna-t-il cet ordre pour une affaire si étrangère à ses attributions? Il paraît n'avoir conservé aucun souvenir précis de ce qui se passa entre M. de Maubreuil et lui; il croit même que cet ordre lui fut extorqué, sous prétexte d'aller à la recherche de quelques effets précieux qui avaient été enlevés au

dépôt de la guerre, des cuivres de la carte de Gassini.

Quoi qu'il en soit, il fallut à M. de Maubreuil un passeport; il est remarquable qu'il n'osa pas venir le demander à la préfecture de police où il était trop connu. Il s'adressa au ministre de la police générale. Après quelques difficultés, M. Angles se décida à le lui accorder sur le vu de Tordre du ministre de la guerre. Il y joignit un ordre semblable pour les autorités civiles. Se trouvant aussi bien accrédité, il ne lui fut pas difficile d'obtenir le lendemain de M. de Bourrienne un permis pour prendre partout des chevaux de poste. Ce qui est plus surprenant, il se fit délivrer par le général de Sacken et par le général-major des troupes alliées un ordre mettant à sa dispositioa les troupes étrangères qui pouvaient se rencontrer à sa portée, comme avait fait le général Dupont pour les troupes françaises. Muni de toutes ces pièces, il se mit en route le 18, avec un sieur Dasies qu'il s'était associé, avec lequel il parait avoir formé ses premières liaisons lors de la tentative faite à la place Vendôme pour abattre la statue de Napoléon.

Ce même jour 18, la reine de Westphalie, princesse de Wurtemberg, partait pour retourner en Allemagne et prenait la route de Nemours. M. de Maubreuil avait servi en Westphalie dans la maison de son mari, en qualité d'écuyer ; les relations qu'il avait conservées dans son intérieur lui avaient rendu facile de connaître le moment de son départ, la route qu'elle tenait; il ne pouvait douter qu'elle n'emportât les bijoux, les diamants, les objets précieux lui appartenant. Tout le monde sait comment, ayant mis en réquisition, à Montereau, un piquet de chasseurs de la garde et de mameluks, il fut l'attendre auprès du village de Fossard, l'arrêta, la força de descendre, d'entrer dans une grange, ne lui permit enfin de continuer sa route qu'après s'être emparé de onze caisses où se trouvaient ses bijoux, ses diamants, quatre-vingt-quatre mille francs en or. Il exigea d'elle les clefs de tous ses coffres; elle fut obligée de les

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