MAUBREUIL REND LES OBJETS ENLEVÉS. 3G
livrer; une seule manquait, celle-là était restée entre les mains de son mari. Il se servit pour motiver cette expédition auprès de la Reine, du prétexte qu'il était chargé de saisir ses malles, attendu l'enlèvement dont elle était soupçonnée de diamants appartenant à la couronne.
Tout cela se passait le 21. Dans la nuit du 23 au 24, à une heure du matin, étant de retour à Paris, après quantité de démarches, très exactement énumérées dans l'extrait imprimé en 1827 des conclusions prises à Douai au mois de mai 1818 par l'avocat général près la cour royale de cette ville, l'audacieux Maubreuil ne craignit pas d'aller aux Tuileries, chez M. de VitroUes. Il apporta quatre sacs contenant de l'or, suivant lui, et qui, avec les débris d'une caisse brisée en route, formaient le reliquat de ce qu'il avait enlevé à la reine de Westphalie; les autres caisses avaient été dans le courant de la journée apportées chez M. de VitroUes par M. de Vanteaux. Toutes ces restitutions ou plutôt ces dépôts apparents, n'avaient été faits que sur le bruit répandu de l'extrême colère témoignée par les souverains, surtout par Alexandre, à la nouvelle d'une violence si odieuse, d'un si sanglant affront fait à une princesse de sang royal, naguère couronnée. Elle voyageait avec des passeports délivrés au nom de tous les souverains, aussi il y avait dans son arrestation et la spoliation dont elle avait été victime, la plus insolente violation de tous les droits. Les ministres étrangers reçurent en conséquence de leurs maîtres l'ordre de demander hautement, avec la restitution des objets enlevés, la punition des coupables.
On s'était donc estimé fort heureux à la secrétairerie d'État provisoire, établie au pavillon de Marsan, lorsqu'on avait vu arriver la caisse et plus tard les sacs contenant l'argent. On se flattait que tout était terminé. Mais les employés de M. de VitroUes et M. de VitroUes lui-même avaient commis la faute incroyable de tout recevoir sans rien vérifier, de ne pas exiger l'ouverture des caisses, do
ne pas dénouer un seul sac, ils s'étaient contentés de la déclaration que les clefs n'avaient pas été livrées avec les caisses. Lorsque le lendemain on envoya chercher pour les ouvrir le serrurier qui les avait fabriquées (c'était un sieur Bicnnais, célèbre pour ces sortes d'ouvrages), elles se trouvèrent vides à peu de chose près, les sacs contenaient des pièces d'argent de vingt sous au lieu de pièces d'or de vingt francs. Le désappointement fut grand. Il était il prévoir que M. de Maubreuil soutiendrait qu'il avait remis le tout comme il l'avait pris et renverrait l'accusation à ceux qu'il avait constitués dépositaires. On ne savait quel parti prendre. La journée du 24 se passa dans cette incertitude. Pendant ce temps-là M. de Maubreuil marchait tête levée dans Paris. Cet excès d'insolence indigna les étrangers, qui portèrent plainte; on résolut enfin de l'arrêter. Il fut, ainsi que son associé Dasies, appelé aux Tuileries le 25 au soir, pour donner des renseignements. M. Angles s'y trouvait avec un commissaire de police qui les interrogea l'un et l'autre, puis dressa procès-verbal, apposa les scellés sur les caisses et sur les sacs d'argent qui leur furent présentés.
Cela fait, M. de Maubreuil et M. Dasies furent amenés à la préfecture de police; il pouvait être minuit, j'étais déjà couché. M. Angles me fit éveiller et m'annonça que ces deux messieurs étaient prisonniers dans Thôtcl. Il ajouta que j'étais prié de donner tous mes soins aux poursuites, de ne rien négliger pour constater le vol et faire retrouver, si possible, les objets volés. J'étais jusqu'alors demeuré étranger à la conduite de cette afi'aire, mais j'en savais la gravité, les ministres des souverains ayant déjà plusieurs fois réclamé mon intervention. Les royalistes imprudents de l'entourage de Monsieur y pouvaient être compromis. On ne pouvait se persuader qu'un coup aussi audacieux ait été tenté sans de très hauts encouragements, sans l'assurance de l'appui le plus puissant. Je sentais donc la néces-