M. PASQUIER EST CHARGÉ DE L'ENQUÊTE
sîté d'arriver à une prompte découverte, c'était le seul moyen d'empêcher les soupçons fâcheux; pour atteindre ce résultat, rien ne fut négligé, les perquisitions, les interrogations. La première découverte fut ceUe d'un diamant retrouvé dans un des appartements occupés par Maubreuil; il en avait trois ou quatre dans Paris, celui-là était rue Neuve-du-Luxembourg. Le diamant, retrouvé sur le lit, provenait évidemment de ceux de la Reine et prouvait qu'on les avait maniés dans cet endroit. J'avais envoyé des agents fort intelligents sur toute la route parcourue par les spoliateurs, c'était de leur rapport que j'attendais la lumière; mais pour bien opérer, il fallait du temps, leur retour se faisait attendre. Ce délai excita l'impatience des souverains et donna lieu de leur part à de nouvelles et plus pressantes instances. Us ne pouvaient se persuader qu'on n'usât pas de ménagements envers les coupables, qu'on ne cherchât pas à les sauver. Il n'y avait presque pas de jour où quelque officier ne me fût envoyé du cabinet de l'empereur Alexandre pour me demander où en était l'affaire.
Les choses, enfin, allèrent jusqu'à ce point que M. de Talleyrand, ne sachant plus comment se délivrer d'une si rude importunité, m'autorisa, pour en finir, à offrir h M. de Maubreuil, s'il voulait tout rendre, une somme d'argent, avec la promesse de la plus complète sécurité pour Tavenir. Je le fis donc amener dans mon cabinet : je ne l'avais pas encore fait paraître devant moi; il avait souvent été interrogé, mais par les agents de la police, fort habiles en ce genre d'investigations. Dans la conversation que j'eus avec lui, il demeura inébrfioilable, soutint toujours sa parfaite innocence ; il protesta qu'il n'avait été mû dans tous ses actes que par le désir de rendre un grîind service sans aucune vue d'intérêt personnel.
Cependant, les agents envoyés sur la route qu'il avait tenue s'étaient acquittés de leur mission avec beaucoup d'adresse et avec un grand succès. Ils revinrent enfin avec
le détail le plus circonstancié de tout ce qui s'était passé à Fossard et depuis. Marchant pas à pas sur ses traces, ils avaient enfin découvert que Maubreuil abandonnant, au retour, la route directe de Paris, avait pris, à la hauteur de la Croix-de-Bernis, celle de Versailles. Une fois sûrs de ce fait, ils avaient aisément retrouvé dans cette ville Tauberge où il était descendu avec son acolyte et étaient parvenus à savoir tout ce qui s'y était passé entre ces deux misérables. Établis dans une chambre, sur les derrières, ils avaient demandé un serrurier qui avait ouvert, sur leur ordre, avec un crochet, la seule caisse dont ils n'eussent pas la clef. C'était celle qui contenait les objets les plus précieux. Le même ouvrier avait été rappelé pour la refermer trois ou quatre heures après. Tout cela fut constaté par les dépositions les plus régulières, consignées dans un procès-verbal. Il n'y avait plus de doute sur le lieu où les caisses avaient été vidées, sur les personnes qui avaient pris ce soin; je me trouvai en mesure de donner au gouvernement des renseignements sûrs et décisifs.
La première chose à faire était d'interroger de nouveau Maubreuil. Il n'en fut point déconcerté, persista dans ses dénégations. Ce fut alors qu'il produisit pour la première fois un système do défense auquel on était loin de s'attendre. « Il voyait bien qu'on voulait le perdre, qu'on était « résolu de le sacrifier pour avoir si mal répondu à l'hor- « rible confiance qui avait été mise en lui. La vérité était « qu'il était parti de Paris avec mission d'assassiner l'em- « pereur Napoléon, que cette mission lui avait été donnée « par M. de Talleyrand; que malgré l'horreur qu'elle lui (( inspirait il s'en était chargé de peur qu'elle fût donnée à « un autre. Il avait tout arrangé pour tromper les crimi- « nelles intentions de ceux qui l'avaient employé et s'était « flatté, en leur apportant un trésor, en satisfaisant leur « avidité, d'apaiser leur mécontentement. Il avait tout « déposé chez M. de YitroUes, parce qu'il savait que nulle