MAUBREUIL EST EMPRISONNÉ
c part on ne serait plus sensible à pareil dépôt; en effet, il a paraissait qu'on ne s'était pas gôné pour en user. »
On eut beau lui représenter la fausseté évidente de ce récit, les faits incontestables qui venaient le contredire, on eut beau lui dire que, même en supposant qu'on pût admettre la première partie, il ne détruirait pas les faits constatés à Versailles et qui prouvaient invinciblement que les caisses avaient été vidées par lui dans une auberge de cette ville, il n'y eut aucun moyen de lui faire abandonner son nouveau plan de défense. J'en rendis compte au gouvernement. On eut dès lors à délibérer sur le parti à prendre à son égard. Ce parti devenait fort embarrassant. Au premier aperçu, rien de plus naturel que de le mettre en jugement. Mais qu'on se reporte à la situation dans laquelle on se trouvait, qu'on se figure l'effet qu'auraient produit dans le public des allégations de la nature de celles que soutenait Maubreuil, qu'on songe surtout à l'impression qu'elles pouvaient faire sur l'esprit des militaires, particulièrement sur celui des soldats ! En de telles matières, les plus grandes faussetés obtiennent toujours une certaine créance.
Il fut donc résolu de ne rien précipiter, de garder les prévenus en prison, d'attendre du temps et de la marclio des événements conseil et secours. Les souverains étrangers furent eux-mêmes obligés de donner leur approbation à cette marche. Eux aussi se trouvaient compromis. Maubreuil n'hésitait pas à affirmer que la mission qu'il avait acceptée lui avait été donnée dans un intérêt commun, avec l'assentiment de tous les intéressés, parmi lesquels il mettait en première ligne Monsieur, l'empereur Alexandre et le roi de Prusse. Il en donnait pour preuve l'ordre du général de Sacken et celui du général prussien dont il avait été muni, et qui l'autorisaient l'un et l'autre à requérir partout le secours des troupes alliées. Une telle marque de confiance était en effet extraordinaire, quand elle était accordée
à un tel homme; pour l'expliquer, il était difficile de ne pas croire qu'on en avait attendu un grand service. On voit donc avec quel art diabolique ce misérable avait su se faire un rempart des moyens qu'il s'était ménagés pour compromettre les plus hauts personnages. Toute la responsabilité devait retomber sur le premier ordre émane du général Dupont. Le passeport, la permission de poste et les deux autres ordres en avaient été la conséquence, sinon nécessaire, du moins assez excusable; cela pouvait paraître d'autant plus grave qu'on devait soupçonner le général Dupont de nourrir contre Napoléon un ardent désir de vengeance.
Cette étrange affaire n'a-t-elle pas quelque rapport avec le projet dont le duc de Dalberg m'avait fait confidence? Il arrive quelquefois que les plus insignes mensonges s'appuient sur quelque point présentant une apparence de vérité. Quand il m'avait parlé du projet de se défaire de Napoléon, M. de Dalberg me dit que les conjurés devaient revêtir des uniformes de chasseurs de la garde. M. de Maubreuil, dans ses déclarations, dans ses interrogatoires, a dit aussi qu'on lui avait proposé de se servir de ce moyen, de revêtir ce déguisement. Aussitôt que je connus cette particularité, je ne doutai plus que le chef de l'expédition dont m'avait parlé le duc de Dalberg fût enfin trouvé. Le projet avait été abandonné, le danger qui en avait fait concevoir ridée étant évanoui par la défection de Marmont. Que conclure de tout cela? Que Maubreuil avait, comme il l'a soutenu, été mis en avant; que ses services pour la vilaine action qu'il se vante de n'avoir pas voulu commettre, avaient été agréés, mais à une date qui ne répond nullement à celle de son expédition contre la reine de Westphalie. Depuis cette époque, personne n'avait été tenté de reprendre l'odieux projet auquel on avait renoncé, si tant est qu'il ait été sérieux. Maubreuil s'est lancé dans l'entreprise, persuadé que la confidence dont il était en possession