‹ Histoire de mon tempsChapitre 175 sur 223 · MAUBREUIL CALOMNIE M. DE TALLEYRAND · texte numérisé non relu

MAUBREUIL CALOMNIE M. DE TALLEYRAND

forcerait le gouvernement à garder vis-à-vis de lui de grands ménagements. La coïncidence de Tinstant oîi il tentait son coup de main avec celui du départ de Napoléon, lui a semblé heureuse; elle permettait de bâtir la fable qu'il avait inventée. Ainsi un projet évanoui a été la véritable cause sur laquelle est venu s'appuyer l'audacieux attentat de Maubreuil. Cette aventure a eu dans le monde un bien long retentissement. Au moment où j'écris, après treize années écoulées, elle a servi de prétexte à une calomnie qui a porté à M. de Talleyrand un des coups les plus sensibles qui pussent atteindre sa vieillesse, en donnant à entendre qu'il avait pu connaître un projet d'attentat contre la vie de l'empereur Napoléon.

J'ai dit avec une entière sincérité tout ce qui est venu à ma connaissance sur cette affaire. Rien ne peut justifier, rien ne peut donner une apparence de fondement à cette odieuse allégation. Dans le tourbillon d'affaires où M. de Talleyrand était alors jeté, il a pu voir Maubreuil sans y attacher d'importance; celui-ci, je n'en fais aucun doute, lui a été, comme tant d'autres, présenté par M. Laborie; ii en aura reçu quelques mots obligeants, mais non pas, comme le dit Maubreuil, un long entretien. Le prince était trop expérimenté, trop habile, pour parler de choses sérieuses avec un inconnu; quelques mots vagues, d'une banalité complète, sont les seuls qu'il ait dû lui adresser.

Monsieur a exercé les fonctions de lieutenant général pendant dix-sept jours. Il est nécessaire de constater le chemin qui a été parcouru pendant cette période. Le départ de Napoléon apporta une amélioration sensible dans la marche générale des affaires; mais à mesure que les périls s'éloignèrent, les prétentions, les passions jusqu'alors contenues se produisirent, se développèrent avec plus d'assurance; à partir de ce moment nos plus graves embarras vinrent des exigences des royalistes. L'imprudence des discours, les mépris follement exprimés, les

dénigrements sur tout le passé, les grands airs affectes d'une quantité de personnes qui reparaissaient tout à coup sur une scène dont elles avaient été si longtemps éloignées, ne pouvaient manquer de jeter dans le public de puissants germes d'inquiétude et de mécontentement.

Dans les journaux, dans de nombreux pamphlets on attaquait avec passion les existences créées depuis vingtcinq ans ; il était très permis de croire qu'on n'en respecterait aucune, qu'on voulait les anéantir toutes. Ainsi, dès le 17, le Journal des Débats publiait un article donnant comme certaine la prochaine élévation de M. Dambray à la dignité de chancelier; on lui attribuait comme premier mérite de n'avoir voulu accepter aucune fonction depuis le commencement de la Révolution. Outre l'inconvenance de préjuger un choix du Roi, rien n'était plus maladroit que ce genre d'éloge, aucun ne pouvait être plus offensant pour tant d'hommes distingués qui avaient cru devoir tenir une conduite différente. L'article cependant était de M. Laborie.

Parmi les pamphlets, on ne pouvait manquer de remarquer celui qui était intitulé : Manifeste du peuple français contre les régicides, leurs adhérents et leurs complices. Les plus violentes récriminations s'y trouvaient mêlées à des assertions d'une indigne fausseté, aux conseils les plus dangereux. On y assurait que de nouveaux prisonniers avaient déjà remplacé les malheureux dont le nouvel ordre de choses avait fait ouvrir les cachots. Le fait était que depuis le !•' avril, pas un individu n'avait été arrêté pour cause politique. On blâmait la levée des impôts, les réquisitions vexatoires, comme s'il était possible, dans la situation des affaires, de nourrir sans réquisitions les troupes alliées et même les troupes françaises.

Je signalais dans mes bulletins les dangers, les désordres que pouvaient amener de pareilles excitations; je les commentais de vive voix devant Monsieur toutes les fois que

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