M. PASQUIER OFFRE SA DÉMISSION
pouvait les conduire qu'à de déplorables erreurs. Ce qui arrivait pour M. Veyrat le prouvait invinciblement. Il était clair qu'on l'avait employé secrètement; il n'y avait pas d'homme qui méritât moins de confiance et dont les services fussent plus compromettants. Si ie jugeais par cet agent de ceux que je ne connaissais pas, on ne pouvait obtenir par eux que des renseignements sans valeur. Cela m'expliquait certaines notes qui m'étaient arrivées dans ces derniers jours, du cabinet de Monsieur. On appelait mon attention sur des faits très graves, lesquels, après vérification, étaient tous faux ou dénaturés. On avait effrayé Monsieur de certaines distributions d'argent qui se faisaient, disait-on, dans les faubourgs avec les plus mauvaises intentions. Ces distributions n'étaient autres que celles faites par les personnes les plus respectables, sous ma direction, par mes ordres; j'avais appliqué à cela une somme que me remettait chaque jour le fermier des jeux. Depuis trois semaines, on devait la tranquillité du faubourg à ce secours, réparti avec discernement et qui avait efficacement soutenu les familles pauvres et les plus chargées d'enfants.
En rentrant à la préfecture de police, je fis appeler de nouveau M. Veyrat, qui s'y était réinstallé avec de grands airs de triomphe; il eut cette fois ordre de partir avant six heures du soir, et Tordre fut rigoureusement exécuté.
On aurait pu regarder le dénouement de cette affaire comme un succès pour moi; il m'en resta cependant une impression des plus fâcheuses. La pensée qu'on avait pu si légèrement se décider à me donner un aussi intolérable dégoût m'était très pénible; je n'avais donc aucune illusion à me faire, ma situation était ébranlée, la sincérité dont je faisais mon premier devoir la rendait chaque jour plus mauvaise. Toutes les fois que j'y ai songé depuis, je n'ai pu manquer de sourire de ma naïveté et de mon inexpérience.
D'accord avec M. de Talleyrand et Tabbé de Montesquiou, avec qui j'avais toujours soin de m'entendre pour les choses importantes, j'avais été des premiers à proposer l'envoi dans les départements d'un certain nombre de commissaires munis de pouvoirs authentiques, et devant stimuler le zèle des préfets et sous-préfets, des maires, et d'éclairer les esprits en faisant connaître les véritables intentions du gouvernement. J'avais espéré que ces commissaires, bien choisis, ayant de sages instructions, détruiraient le mauvais effet produit en plusieurs lieux par des individus qui avaient mal usé des pouvoirs que le prince leur avait confiés avant son entrée dans la capitale. Pourquoi aussi des généraux influents ne seraient-ils pas envoyés dès à présent pour passer en revue les différents corps et les tranquilliser? Mon vœu fut réalisé, et le 22, Monsieur décréta qu'il serait envoyé dans chaque division militaire un commissaire extraordinaire du Roi. L'objet de leur mission, l'étendue de leurs pouvoirs furent détaillés avec soin dans le décret; ces pouvoirs allaient loin, peutêtre trop loin. Cela était bon à la condition qu'on choisirait des commissaires capables, prudents et irréprochables. Or, il n'eu fut pas ainsi ; parmi des noms connus et dignes de confiance, il s'en trouva de tout à fait déplacés et devant alarmer beaucoup d'esprits. Quand la liste parut, elle produisit mauvais effet, et donna lieu à des critiques fondées. Je le dis à Monsieur dans une note qu'à la vérité je mis à part de mon bulletin afin qu'elle fût plus confidentielle. Je m'admire encore d'avoir pu penser que des critiques portant sur des amis particuliers du prince pouvaient être bien reçues !
L'administration ne négligeait rien de ce qui paraissait commandé pour le rétablissement de l'ordre, l'exécution des lois et la rentrée des impôts. Pour toutes ces dispositions générales, le prince agissait d'après les directions qui lui étaient données par son Conseil d'État provisoire et par