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LA COMMISSION DE CONSTITUTION

paraissait extraordinaire à personne. La commission qui devait s'occuper de ce travail fut organisée immédiatement; elle était composée de sénateurs, de députés et de quelques hommes en qui le Roi mettait une confiance particulière. Chose assez singulière, aucun arrêté ni ordonnance ne furent insérés au Moniteur ni au Bulletin des lois. On craignit apparemment de créer une espèce de pouvoir constituant; on voulait des conseils, point de délibérations qui pussent s'imposer. MM. de Pastoret, Barthélémy, Boissy d'Anglas, Barbé-Marbois, Sérurier, Gamier, de Fontanes et de Sémon ville comme sénateurs, MM. Laine, Maine de Biran, Blanquart de Bailleul, Ghabaud-Latour, Faget de Baure, Félix Faulcon, Glausel de Coussergues, Duchesne, Duhamel comme députés, firent partie de cette commission, avec le chancelier, l'abbé de Montesquiou, M. Ferrand et M. Beugnot, ceux-ci en qualité de commissaires du Roi.

Les membres de la commission qui influèrent le plus dans la discussion et la rédaction furent l'abbé de Montesquiou, M. Laine, M. Garnier, M. Faget de Baure, M. Ferrand et M. Beugnot, ce dernier surtout; ce fut lui qui tint presque toujours la plume, qui rédigea les procès-verbaux. Je sais qu'il les a conservés ; ils doivent contenir des documents curieux, car entre toutes les personnes qui figuraient dans cette délibération, il y en avait bien peu qui marchassent du môme pied, qui sussent où elles allaient et voulussent arriver au même but. Si jamais ces pièces sont données au public, on sera sans doute étonné que des dispositions qu'on a cru être le résultat des débats les plus profonds, ont passé en quelque sorte inaperçues. Les articles sur la liberté des cultes, sur la liberté de la presse, sur le droit électoral ont été à peine discutés. Que de fois cependant on a dit depuis : « L'intention du législateur « est évidente; sa profonde sagesse a certainement voulu « que...! ».

Parmi les rédacteurs que je viens de citer, il en est deux qui ne croyaient en aucune façon à la durée de l'œuvre qu'ils allaient mettre au jour, qui ne la regardaient que comme une concession à l'esprit du moment, comme une transition pour revenir à un système monarchique beaucoup plus simple, le seul, croyaient-ils, praticable en France. Entre ces deux hommes il y avait de grandes différences. M. Ferrand était un vrai contre-révolutionnaire qui, si on l'eût laissé faire, aurait tout brisé, les hommes et les choses; l'abbé de Montesquiou, au contraire, voulait beaucoup de ménagements pour les personnes, tout en pensant qu'il fallait se préparer avec soin les moyens de devenir de jour en jour plus monarchique, mais ne croyait pas qu'on pût rétrograder jusqu'à l'ancien régime.

Quant à M. Dambray, que sa qualité do chancelier avait mis à la tête de cette commission, chez qui elle tint toutes ses séances, on constata vite à quel point les facultés d'un homme de grand mérite, de grand talent, peuvent être amoindries par une oisiveté de vingt-cinq années. Dès l'ouverture des conférences, il avait affecté de ne traiter les sénateurs et les membres du Corps législatif que comme des notables dont le Roi avait jugé à propos d'agrandir son conseil, mettant ainsi de côté cette qualité de sénateur et de membre du Corps législatif que le Roi avait si hautement reconnue à Saint-Ouen. La formation du ministère qui semblait devoir précéder tout le reste se fît cependant attendre. Beaucoup d'intrigues s'agitèrent; Monsieur aurait voulu obtenir pour les siens une part dans la distribution des portefeuilles et des plus importantes places que le Roi pouvait difficilement accorder. De là des négociations qui durèrent dix grands jours. Cette longue incertitude n'était pas d'un bon effet, je dus en avertir; elle étonnait d'autant plus que certains choix étaient considérés comme faits à l'avance. Il était impossible que M. de Talleyrand ne con-

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