‹ Histoire de mon tempsChapitre 193 sur 223 · L£ CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

L£ CONSEIL DE GUERRE

servàt pas les affaires étrangères et M. Louis les finances. Les sceaux et le ministère de la justice étdent évidemment dévolus à M. Dambray, déjà nommé chancelier. L'honorable réputation de M. Malouet, son dévouement à la famille royale, dont il avait donné tant de preuves, son émigration, sa disgrâce sous le régime impérial, ne permettaient pas de lui ôter la marine. Il eût été difficile de ne pas laisser à* la guerre le général Dupont, qui s'était chargé de ce département dans un moment si critique. Restaient donc le ministère de Tintérieur et celui de la police; là devaient se heurter les prétentions rivales.

Mais il y avait des affaires qui ne pouvaient sans danger attendre que ce débat fût terminé, aucune solution n'était plus urgente que celle qui concernait l'armée. On avait donc pris le parti de s'en occuper immédiatement. Le général Dupont, rassuré sur sa position, avait reçu les ordres du Roi les plus positifs, et avait pris la sage précaution de faire nommer, dès le 6 mai, par Sa Majesté, un conseil de guerre, sur lequel il comptait s'appuyer, et dont l'autorité pouvait être grande. Les maréchaux Ney, Augereau et Macdonald en faisaient partie, avec dix autres officiers généraux de mérite et choisis dans les différentes armes. Tous les plans furent soumis à ce conseil. Ce serait pour le général Dupont un puissant moyen de justification si on ignorait la grande prépondérance du ministre qui a préparé un travail, et combien il a de moyens de le faire prévaloir dans l'esprit de collègues qui n'en portent pas la responsabilité. Le général Dupont doit donc, dans le fait, répondre seul de ses œuvres. Quelles que soient les apparentes garanties dont il a essayé de se couvrir, je n'hésite pas à dire qu'elles lui appartiennent tout entières; il est seul coupable, l'expression n'est pas trop forte, car il a, par ses fausses combinaisons et ses complaisances, contribué plus que personne à la catastrophe du 20 mars. Préoccupé, avant tout, de se rendre agréable à la cour et de

consolider son existence ministérielle, indifférent d'ailleurs sur le sort d'une armée dont il était séparé depuis longtemps, il obéit à ceux qui avaient intérêt à détruire beaucoup d'existences faites, pour avoir des places à distribuer. Il n'a pas dit la vérité au Roi, il a présenté comme facile ce qui était impolitique et dangereux.

L'idée dominante autour de Monsieur était la résurrection de tous les corps de l'ancienne maison militaire du Roi, telle qu'elle avait existé depuis Louis XIV jusqu'aux réformes opérées sous Louis XVI par M. de Saint-Germain. On se persuadait que cette opération était sans inconvénients; qu'il suffirait d'admettre parmi les nouveaux chefs de corps quelques illustrations de l'armée nationale et d'accorder un certîdn nombre de grades à quelques officiers de cette armée, qu'on voyait d'un meilleur œil que les autres. A l'aide de cette précaution on ne voyait point de difficulté à rétablir les anciennes dénominations, à donner un uniforme à tous ceux qui depuis vingt-cinq ans n'avaient pas tenu une épée ou manié un mousquet. Dans ces corps privilégiés, chaque grade conférait un rang supérieur au grade correspondant dans l'armée régulière. Ainsi un grand nombre de lieutenants, de capitaines, de colonels qui n'avaient jamais vu le feu, viendraient montrer leurs épaulettes à côté de celles gagnées sur le champ de bataille, récompense de la bravoure la plus éprouvée et des talents les plus incontestables et les plus incontestés I

Pour mener à bien une pareille entreprise, il aurait fallu être en état de licencier non seulement la garde impériale, mais l'armée tout entière. Deux ou trois fois. Napoléon le victorieux, entraîné par le désir de ressusciter à son profit la pompe monarchique de Louis XIV, avait eu la pensée de se donner des gardes du corps ; toujours il avait reculé devant les dangers de l'entreprise! Elle n'épouvanta ni les conseillers les plus intimes des princes, ni le général Dupont; tout fut concerté entre eux et lui pour arriver à ce résultat.

Page 1