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NOMINATIONS

C'était tout ce qur, sous Napoléon, constituait le ministère du commerce. L'abbé de Montesquieu avait eu hâte de faire accorder cette marque signalée de confiance à l'homme qui, avec M. Royer-Collard , avait été si longtemps son principal agent pour le service du Roi dans l'intérieur du royaume. M. Becquey avait une réelle capacité; un caractère doux et conciliant le fit bientôt voir sous un jour assez favorable par ceux, en très grand nombre, que leurs intérêts appelaient à traiter avec lui.

Je ne dois pas omettre de dire, en parlant de l'organisation ministérielle, que M. de Blacas fut nommé ministre de la maison. La même ordonnance portait encore la nomination de M. Ferrand à la direction générale des postes et celle de M. Bérenger à la direction générale des impositions indirectes, dans lesquelles se trouvaient comprises les douanes qui y étaient réunies par une précédente ordonnance.

Tous les membres du Conseil d'Ëtat provisoire, dont les fonctions cessaient à partir de cette époque, furent nommés ministres d'Ëtat ainsi que M. Ferrand et le chancelierDambray. Cette importance accordée au titre de ministre d'État dont le chancelier même était pourvu, était renouvelée de l'ancien régime et s'accordait assez mal avec nos habitudes modernes. Sur la fin de son règne. Napoléon aveût aussi fait des ministres d'État, mais dans un rang évidemment inférieur à celui des ministres ayant des portefeuilles ; cependant, il n'avait accordé ce titre qu'à des hommes ayant une grande part à l'administration, comme les présidents de section du Conseil d'État. Monsieur et les princes continuèrent à avoir séance dans le conseil; cette circonstance, qui emportait une grande atténuation du pouvoir ministériel, ne pouvait manquer d'influer sensiblement sur la marche des affaires. Cet ordre de choses a subsisté jusqu'au 20 mars 1815.

Le 14 mai, on célébra dans l'église de Notre-Dame un

service solennel pour Louis XVI, Louis XVII, Marie-Antoînelte et Madame Elisabeth. Le Roi et Madame la duchesse d'Angouléme y assistaient dans une tribune grillée; les autres princes conduisaient le deuil. Cette cérémonie funèbre fut très imposante. Toutes les notabilités du dernier et du nouveau gouvernement s'y trouvèrent réunies, l'impression fut en général très vive.

Malgré les fatigues et les dégoûts que j'avais éprouvés, je quittai la préfecture de police avec une sorte de tristesse. J'y laissais des amis, des collaborateurs qui m'avaient montré le dévouement le plus méritoire dans les crises terribles que nous venions de traverser ensemble. Je m'effoi^ çai au moins de les placer aussi justement qu'il dépendait de moi dans l'esprit de mon successeur.

Malgré ce que j'avais pu lui dire, M. Beugnot ne se pressait pas d'entrer en fonction ; je fus obligé de lui annoncei' le 17 au soir que j'étais résolu à ne pas coucher le lendemain à la préfecture. J'en sortis, en effet, le 18 avant dîner, après l'avoir mis au courant des affaires qui devaient, pour te moment, fixer plus particulièrement son attention, après lui avoir présenté tous les cliefs de service, lui avoir indiqué les hommes qui devaient mériter sa confiance ; de ce nombre était le nouvel inspecteur général de la police Fondras, dont lui et tous ceux venus après ont été satisfaits jusqu'au jour où il a pris sa retraite, à la fin de 1821.

Le soir de ce jour, le Roi allait à l'Opéra avec Madame la duchesse d'Angouléme et toute sa famille. C'était la première fois qu'il se montrait de cette manière en public. L'affluence devait être immense. J'assistais avec Mme Pas- (juier à cette représentation. Le choix de la pièce était heureux : on donnait Œdipe, Les allusions nobles et touchantes pour le Roi et Madame la duchesse d'Angouléme se présentaient naturellement. Elles furent saisies avec enthousiasme; la famille royale parut touchée de cet accueil, qu'il eût été difficile en cette occasion de ne pas croire sincère. Je dis

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