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LE ROI A L'OPÉRA

en cette occasion^ car les salles de spectacle ne sont guère, en général, des lieux où Ton puisse sagement juger de l'opinion, des sentiments d'un peuple; il est si aisé d'y produire les effets que l'on veut!

On remarqua comme chose peu convenable que le duc de Wellington, arrivé à Paris depuis huit ou dix jours, et lord Castlereagh, se fussent montrés en grande loge avec une actrice, chanteuse célèbre, Mme Grassini.

Cette représentation fut poiu* moi l'occasion d'un petit mécompte qui ne mérite d'être raconté qu'à cause des faits survenus depuis. J'ai déjà dit que mes rapports avec M. de La Valette n'avaient pas cessé, malgré le changement de nos positions respectives. Il m'avait témoigné le désir d'assister à l'Opéra le jour où le Roi y viendrait; je lui avais en conséquence envoyé un billet d'entrée dans ma loge. Il ne vint point, et la place resta vide. Quand je lui demandai le lendemain le motif de son absence, il fut d'abord un peu embarrassé, puis me dit : « J'ai pensé que « ma présence pourrait vous compromettre. Tenez, mon ami, j'admire votre confiance, mais je ne la partage pas. « Vous croyez beaucoup trop qu'on peut toujours, quand « on est franc et sincère, voguer à pleines voiles; ce qui « vient de vous arriver, la manière dont vous venez d'être a évincé de la police, est une leçon dont il faut savoir faire « son profit. » Je lui répondis que ce qu'il y avait de pire au monde dans toutes les situations, c'était de prendre de l'humeur, et que je le conjurais de ne pas se laisser aller à cette faiblesse qui serait indigne de lui, qui l'empocherait de juger sainement des choses. Malheureusement on lui donna bientôt après un juste sujet de plainte, qui le jeta tout à fait dans l'opposition, et même parmi les plus mécontents.

Le reste du mois fut employé à débattre et à rédiger le traité de paix définitif, à mettre la dernière main à la Charte, à tout disposer pour l'ouverture du Corps législatif. Tout

cela était nécessaire pour que la France fût rendue à elle* même, pour que les souverains étrangers reprissent la route de leurs États : tout le monde attendait cette époque avec une vive impatience. La situation n'était bonne pour personne. Les souverains étrangers, depuis l'arrivée du Roi, avaient une position fausse qui devenait de jour en jour plus embarrassante; car malgré l'influence qu'ils exerçaient encore sur les affaires, ils étaient obligés de s'effacer devant le Souverain. Placés entre la nation et lui, ils n'étaient à l'aise ni avec l'un ni avec l'autre; la nation ne pouvait manquer de les regarder comme un fardeau toujours pesant sur elle. Ils n'avaient aucune intimité avec la famille royale et étaient obligés, pour occuper leurs loisirs, d'accepter toutes les distractions-qui leur étaient offertes.

Parmi les relations que l'empereur Alexandre avait le plus cultivées depuis son arrivée à Paris, il en est une qui allait être rompue d'une manière bien triste, bien imprévue. L'impératrice Joséphine occupait le château de la Malmaison, elle y vivait entourée de sa cour avec l'élégance et l'urbanité qui l'avaient toujours caractérisée; sa fdle la reine Hortense s'était retirée auprès d'elle. Le lendemain de son entrée dans la capitale, l'empereur Alexandre eut la bonne grâce de lui faire une visite et de lui porter l'assurance que sa retraite serait respectée et entourée de tous les égards dus à son rang. Il fut charmé de la manière dont elle le reçut, de tout ce qu'il vit autour d'elle, de la mesure parfaite qui fut gardée dans toutes les paroles qu'on lui adressa. Joséphine se tira de cette position bien délicate avec la Qnesse, le bon goût qui ne lui ont presque jamais manqué, elle ne fut point infidèle à ce qu'elle devait à Napoléon, elle fît et dit tout ce qui était convenable de dire et de faire et acheva de se concilier l'estime et la bienveillance d'Alexandre. Aussi eut-il soin, lorsque le traité d'abdication se négocia, de veiller lui-même à ce que ses intérêts fussent ménagés, à ce qu'une fortune lui fût assurée. De-

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