‹ Histoire de mon tempsChapitre 199 sur 223 · MORT DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE · texte numérisé non relu

MORT DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE

puis cette époque il avait pris l'habitude d'aller chez elle souvent. Dans les trois dernières semaines de mai, il v passa une grande partie de ses soirées. On y faisait de la musique, il s'y trouvait à son aise, c'étaient le lieu et la société où il se plaisait le mieux, ce qui, entre parenthèses, n'était pas vu de très bon œil au château des Tuileries (1). Ce fut au milieu des douceurs d'une intimité dont elle devait être si flattée que Joséphine fut atteinte d'un mal de gorge qui ne donna d'abord aucune inquiétude, mais qui bientôt, devenu gangreneux, l'emporta en trois jours. Elle expira le 29. L'empereur Alexandre lui rendit pendant sa maladie les soins les plus assidus; il passa à la Malmaison la nuit presque entière de sa mort, et ne voulut se retirer que lorsqu'il n'y eut plus d'espérance de la conserver. Étrange destinée que celle de cette femme qui, montée au rang le plus élevé, dépossédée pour ne pas dire déchue de ce rang, en retrouve en quelque sorte à l'heure de sa mort toute la splendeur et est assistée h son dernier jour par le plus puissant souverain de l'Europe ! On a dit avec raison que cette fin était le complément de sa fortune ; en effet, si sa vie se fût prolongée, de nombreux et cuisants dégoûts lui étaient probablement réservés. Elle a donc eu ce grand bonheur, refusé h tant d'autres existences, qui a manqué surtout à l'auteur de sa fortune, celui de mourir à propos. Deux jours après elle fut enterrée à Rueil; c'était le village attenant à la Malmaison. Ses funérailles furent entourées d'une pompe bien impossible à prévoir, alors qu'elle était au faîte de ses grandeurs. La garde impériale russe y assista dans la plus grande tenue,

(4) 11 était difficile, en effet, que quelque chose ne transpirât pas de ce que l'empereur Alexandre se permettait de dire dans cette intimité, moins sûre qu'il ne le croyait; il s'y dédommageait de la réserve qu'il s'imposait partout ailleurs. Je ne puis douter qu'il n'y ait plusieurs fois exprimé ses doutes et ses craintes sur la stabilité de l'ouvrage qu'il avait entrepris. < Ces gens-là, lui échappa-t-il de dire dans un moment d'humeur, en parlant des Bourbons, ne se soutiendront jamais, »

l'escorCa depuis le château jusqu'à l'église, lui rendit tous les honneurs qu'en d'autres temps elle aurait reçus de la garde impériale française.

Pour que rien ne manquât de ce qui pouvait donner à sa vie un caractère de prédestination, sa fin coïncida avec la conclusion définitive du traité qui anéantissait l'œuvre de Napoléon, et semblait effacer ce que la France avait acquis depuis la Révolution de grandeur et de puissance au dehors. Aussi Joséphine reste dans le souvenir comme un météore qui devait s'éclipser en même temps que cette puissance et cette grandeur.

Le 30 mai, le traité fut conclu; la paix fut promulguée sur les places publiques, dans les rues de Paris, avec les formes les plus solennelles. Les conditions en étaient telles, à peu de chose près, qu'on avait dû le prévoir depuis la convention du 23 avril, en prenant pour base de l'étendue de la France ses limites au 1*' janvier 1792. Cependant, quelques améliorations furent obtenues dans la délimitation des frontières; elles furent rectifiées au moyen de la concession de quelques portions de territoire qui y formaient des angles rentrants : la ligne de défense se trouvait ainsi meilleure. La forteresse de Landau, d'isolée qu'ellç était en 1792, devenait attachée au territoire, la cession d'une partie de la Savoie, dans laquelle se trouvaient Chambéry et Annecy, portait de ce côté nos limites jusqu'au pied des Alpes. La propriété de la principauté d'Avignon, du comtat Venaissin, de Montbéliard et de toutes les enclaves qui avaient appartenu autrefois à l'Allemagne nous fut assurée. La France obtenait, en dernier résultat, au delà de ses anciennes possessions continentales, un agrandissement de cent cinquante milles carrés environ, renfermant quatre cent cinquante mille âmes ; le nombre de celles qui avaient fait partie de l'empire de Napoléon et qui en furent séparées se montait à plus de quinze millions.

Je ne prétends point entrer dans l'exposé de toutes les

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