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ENTREVUE DE M. PASQUIER AVEC L'EMPEREUR

esprit, il avait trouvé le temps de parler de la conspiration Malet» s'enquérant des plus petits détails. Il y attachait donc une grande importance.

Le surlendemain, dimanche, il donna son audience accoutumée au sortir de la messe. J'y assistai; ce fut le premier moment où je me trouvai en sa présence, depuis sa rentrée au palais des Tuileries; il n'y avait personne autour de moi qui ne fût très attentif à la manière dont il aUait me traiter. Beaucoup s'attendaient à une scène qui me serait pénible. Cette attente fut trompée. Les rensei* gnements qu'il avait recueillis la veille avaient, apparemment, dissipé les nuages élevés sur ma conduite; il m'aborda d'un air fort affable et me dit à mi-voix, de manière à n'être entendu que de moi : « Eh bien, monsieur le préfet, vous avez eu aussi votre mauvaise journée; il n'en manque pas de cette espèce dans la vie I »

A la suite de cette audience. Napoléon reçut en grande cérémonie le Sénat et le Conseil d'État. Les orateurs de ces deux corps avaient déjà reçu leurs instructions sur la manière dont ils devaient s'exprimer; jamais donc l'expression n'a moins répondu aux sentiments qui étaient au fond des cœurs. Dans ces discours, une grande place avait été faite à la conspiration Malet. « Des hommes, échappés « des prisons où la clémence impériale les avait soustraits « à la mort méritée par leurs crimes passés, ont voulu », disaient M. de Lacépède et M. Defermon, « troubler l'ordre « public dans cette grande cité ; ils ont porté la peine de « leurs nouveaux attentats. » La mention de cet événement conduisait naturellement à des réflexions sur les heureuses garanties de tranquillité que la constitution monarchique et l'hérédité dans la couronne assurent aux États. Rien ne devait donc être négligé pour consolider cette garantie.

M. de Lacépède rappelait que « dans les commencements a des anciennes dynasties françaises, on avait vu plus d'une

a fois le monarque' ordonner qu'un serment solennel liât a d'avance tous les Français de tous les rangs à Théritier (c du trône. Quelquefois, quand Tàge du jeune prince « l'avait permis, une couronne était placée sur sa tète « comme le gage de son autorité future et le symbole de <c la perpétuité du gouvernement. » Cette réminiscence avait été certainement inspirée par l'Empereur, et annonçait suffisamment ses projets. M. Defermon, de son côté, s'écriait : « Dieu qui protège la France, la préservera longce temps du plus grand des malheurs; mais dans cette cir- « constance tous les cœurs se rallieraient autour du prince a objet de nos vœux et de nos espérances; chaque Français tt renouvellerait à ses pieds ses serments de fidélité et d'amour pour l'Empereur. »

Napoléon, en répondant à ces deux harangues, parla peu de ce qui avait trait à la guerre; seulement, il assura que celle qu'il avait entreprise contre la Russie était toute politique, qu'il la faisait sans animosité. Il aurait pu armer la plus grande partie de la population, en proclamant la liberté des esclaves; il s'était refusé à cette mesure, parce qu'il aurait voué à la mort et aux plus horribles supplices bien des familles. « Si mon armée, ajoute-t-il, a essuyé des « pertes, c'est par la rigueur de la saison. » Autant il fut bref sur ce sujet, autant il s'étendit sur celui de la conspiration. « Des soldats timides et lâches, dit-il au Sénat, « perdent l'indépendance des nations; mais des magistrats « pusillanimes détruisent l'empire des lois, les droits du « trône et l'ordre social même. Lorsque j'ai entrepris la i( régénération de la France, j'ai demandé à la Providence « un nombre d'années déterminé. On détruit dans un « moment, mais on ne peut réédifier sans le secours du « temps. Le plus grand besoin de l'État est celui de magis- « trats courageux. Nos pères avaient pour cri : Le Roi est « mort! Vive le Roi! Ce peu de mots contient les principaux « avantages de la monarchie. Je crois avoir bien étudié

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