COLÈRE DE NAPOLÉON CONTRE M. PROCHOT
a l'esprit que mes peuples ont montré dans les derniers « siècles, j'ai réfléchi à ce qui a été fait aux différentes « époques de notre histoire. J'y penserai encore. »
Au Conseil d'Ëtat il répondit : « Si le peuple montre tant « d'amour pour mon Cls, c'est qu'il est convaincu, par sen- « timent, des bienfaits de la monarchie. » Puis venait un long morceau contre l'idéologie : a C'est à cette ténia breuse métaphysique qui, en recherchant avec subtilité « les causes premières, veut sur cette base fonder la légis- « lation des peuples, au lieu d'approprier les lois à la cond naissance du cœur humain et aux leçons de l'histoire, « qu'il faut attribuer tous les malheurs qu'a éprouvés notre « belle France. »
Ce qui apparaissait au milieu de tous ces discours, c'était la pensée qu'il avait suffi de répandre le bruit de sa mort pour faire oublier les droits de son fils. Voilà l'insulte pour laquelle il voulait une réparation éclatante, il cherchait l'occasion de faire un exemple. Dans les récits minutieux qu'il avait entendus, il avait remarqué que le préfet de la Seine, demeuré libre, sans qu'aucun acte de violence ait été exercé sur sa personne, avait obéi aux conspirateurs, sans contester la légalité des actes qu'ils produisaient, reconnaissant de fait un gouvernement s'établissant sur les ruines du sien, méconnaissant les droits de son fils. Bien plus, il avait ordonné les préparatifs nécessaires pour recevoir à l'hôtel de ville les membres du nouveau gouvernement. Ce tort était irrémissible à ses yeux, et c'était à lui qu'il avait voulu faire allusion en prononçant ces paroles : « Les magistrats pusillanimes détruisent l'empire des lois, « les droits du trône et l'ordre social môme. » Mais M. Frochot était un de ses plus anciens serviteurs, un de ceux pour lesquels il avait toujours eu du goût; sa réputation d'honnête homme était fort établie. Il fallait garder une certaine mesure dans la manière de le frapper; il fallait en même temps que la punition eût beaucoup d'éclat, et fût
prononcée sur Tavis des hommes les plus en position de commander l'assentiment général. Il envoya aux sections du Conseil d'Ëtat Tordre d'examiner, chacune on particulier, la conduite du préfet de la Seine, et de délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre à son égard. Pour éclairer cette délibération, il leur fit remettre les pièces relatives à la sédition du 23 octobre, une déclaration du comte Frochot sur les faits qui le concernaient dans cette journée, et une lettre qu'il avait écrite sur le même sujet au ministre de la police. Cet examen et cette délibération furent extrêmement pénibles pour la plus grande partie des membres du Conseil d'Ëtat, dont M. Frochot était généralement aimé, et qui tous étaient convaincus de l'innocence de ses intentions.
Toutes ,les sections, excepté celle des finances, gardèrent les plus grands ménagements; dans celle-là, M. Defermon procéda avec le zèle le plus rigoureux, posa les questions de manière à obtenir des réponses extrêmement dures. Après avoir énoncé tout au long les questions et les réponses, l'avis de cette section se terminait par la déclaration que (c d'après les faits constatés et reconnus, it y « avait lieu de faire rendre par le Conseil d'État, conformé- « ment à l'art. 75 des constitutions de l'Empire, une déci- « sion pour autoriser la mise en jugement du comte Froa chot, préfet de la Seine; mais qu'attendu la surprise qu'il « avait éprouvée, l'égarement d'esprit dans lequel il avait a été plongé, enfin les inconvénients et les difficultés qu'en- « traînerait une nouvelle procédure, le parti le plus conve- « nable, dans cette circonstance, était de le destituer de sa a place ».
M. Bérenger, seul entre tous les membres de cette section, refusa de signer l'avis qui concluait à la destitution; il en rédigea un pour son compte, conçu dans le même esprit que celui de la section de l'intérieur. Cet acte d'indépendance lui fit beaucoup d'honneur.