CONCORDAT DE FONTAINEBLEAU
termes formels de son préambule, ne fussent signés que comme pouvant servir de base à un arrangement définitif, Napoléon éprouva de cette solution une vraie joie, une des dernières peut-être qu'il ait eues à la fin de son règne. Il se croyait sorti d'une des grandes difficultés de sa position et se hâta, dès le 26, de faire annoncer à tous les évoques, par son ministre des cultes, qu'un concordat pour la paix de l'Église avait été passé la veille entre lui et le Pape.
Dans la joie que ce grand événement devait causer au clergé et à tous les fidèles, il les autorisait à faire chanter un Te Deunij dans toutes les églises de leurs diocèses. Plusieurs prélats furent invités en même temps à se rendre à Fontainebleau pour complimenter le Chef de l'Église, et un décret fut rendu pour donner des témoignages de satisfaction aux cardinaux, archevêques et évoques qui avaient assisté à la signature du traité et aux conférences préliminaires. Par ce décret, le cardinal de Bayane et l'évêque d'Évreux furent nommés membres du Sénat conservateur, les évêques de Nantes et de Trêves devinrent conseillers d'État. L'aigle d'or de la Légion d'honneur fut accordée aux cardinaux Doria et Ruffo. L'archevêque d'Ëdesse reçut la décoration de la Couronne de fer. Enfin des ordres furent expédiés pour que les cardinaux exilés eussent, sans exception, la faculté de retourner auprès du Pape. Mais, pendant que toutes ces mesures étaient prises dans la confiance d'un succès que l'Empereur croyait assuré, le Pape, livré à ses propres réflexions, n'étant plus soumis à la puissante influence qui lui avait dicté sa dernière décision, s'abandonnait aux regrets et môme aux remords. Il né se pardonnait pas la facilité avec laquelle il avait transigé sur des questions et des points que son devoir lui commandait de défendre.
L'article sur les investitures était, comme de raison, celui qui lui pesait le plus, et il paraît aussi qu'il se repro-
chait vivement de n'avoir pas profité de cette occasion pour revendiquer les droits de souveraineté qui appartenaient au SaintrSiège et qu'il avait, lors de son exaltation au pontificat, juré de maintenir et de défendre. Ces conditions, cependant, que Pie VII se reprochait à grand tort d'avoir consenties, étaient à peu de chose près celles qu'il avait accordées, à Savone, aux députés qui lui furent envoyés après le Concile; elles étaient même im peu. plus douces ; mais il faut convenir que la situation était aussi très différente des deux côtés, et la violence avec laquelle Sa Sainteté avait été transportée de Savone à Fontainebleau ne devait pas la disposer à une grande condescendance.
Le premier symptôme de changement dans les résolutions du Pape fut le refus d'accepter une somme assez considérable que l'Empereur avait fait mettre à sa disposition; en même temps il ajournait l'octroi des bulles d'institution qui lui étaient demandées pour les évoques nommés, « désirant avant tout, disaitril, avoir l'assurance que ses « vœux ne rencontreraient pas d'obstacle de la part de a Napoléon, lors de l'arrangement définitif ».
Les scrupules qui lui avaient dicté ce commencement de rétractation furent encore accrus par les rapports qu'il eut bientôt avec plusieurs cardinaux. Le cardinal di Pietro surtout, longtemps détenu à Vincennes, exerçait alors un grand empire sur son esprit; il ne lui dissimula pas qu'il trouvait ses concessions excessives et contraires aux droits du Saint-Siège.
L'Empereur avait fait insérer dans le Moniteur les articles de la convention provisoire. Pie VII se hâta d'appeler auprès de lui tout ce qu'il put rassembler du Sacré Collège, et, d'après l'avis des membres qui composaient cette assemblée , il écrivit à Napoléon une longue lettre dans laquelle il déclara que « depuis le jour où il avait souscrit l'acte a dont on prétendait faire un usage définitif, les plus grands