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CHAPITRE III

Pourparlers entre le cabinet de Paris et les cabinets de Berlin et de Vienne. — Illusions persistantes de M. de Bassano. — Confiance de Napoléon dans la fidélité de ses alliés. — Traité d'alliance offensive et défensive signé entre la Prusse et la Russie. — Attitude ambiguë de r Autriche. — Traité conclu entre l'Angleterre et la Suède. — Nouvelle levée de cent quatre-vingt mille hommes ordonnée par Napoléon. — Création de quatre régiments de gardes d'honneur k cheval. — Profond mécontentement causé par cette mesure. — La loi sur les finances et le budget de 1813. — Optimisme excessif de M. le comte Mole. — Misère de la classe ouvrière et gêne étroite des dignitaires de l'armée. — Grands travaux donnés aux ouvriers : commandes importantes d'ameublements, achèvement de l'avenue de l'Observatoire. — Création de la gendarmerie de Paris, placée sous les ordres du préfet de police. — Apostrophe, à ce sujet, du maréchal Moncey à M. Pasquier. — Ouverture de la nouvelle campagne contre la coalition des Russes et des Prussiens. — Force et composition des armées en présence. — L'impératrice "Marie-Louise régente. — Victoire de Lutzen. — Bataille de Bautzen et mort du grand maréchal Duroc. — Armistice signé après la prise de Breslau. — Médiation équivoque de l'Autriche. — Rôle prépondérant du général Pozzo di Borgo dans ce débat diplomatique. — Son antagonisme constant avec Napoléon depuis 1793.

Les mois de janvier et de février 1813 se passèrent en pourparlers et en négociations de Paris à Berlin et de Paris à Vienne; il s'agissait de retenir ces deux puissances dans Tallianco de la France. Était-il possible de s'en flatter pour la Prusse? L'Empereur étai1>-il donc sincère, lorsqu'il affectait de croire à la bonne foi du Roi faisant mettre en jugement le général d'York, et envoyant un ministre extraordinaire à Paris, le prince d'Hatzfeld, pour offrir le remplacement du contingent prussien qui avait déserté?

Pouvait-on supposer sérieusement, lorsque le prince Eugène, laissé à la tête des débris de l'armée française.

obligé d'évacuer successivement toutes les positions intermédiaires entre la Vistule et la frontière de la Saxe, après avoir jeté garnison dans la ville de Dantzig, réunissait à ^ peine autour de lui vingt mille hommes de troupes épuisées et qui, même après la réunion complète de tous les corps épars, ne s'élevèrent jamais à cinquante mille, pou- ^ vait-on supposer, dis-je, que Frédéric-Guillaume se refuserait longtemps à faire cause commune avec l'empire russe, dont les troupes victorieuses s'avançaient à marches forcées sur ses États? Les conséquences d'une telle situation étaient évidentes.

Un soir, c'était à la fin de fé\Tier, M. de Sémonville et moi, impatientés de l'air d'assurance qu'affectait encore le duc de Bassano, fîmes, tous nos efforts pour dissiper les illusions dans lesquelles il paraissait se complaire. Le hasard avait fait venir à ma connaissance, le matin même, des propos tenus dans les ambassades d'Autriche et de Prusse, et qui ne laissaient aucun doute sur le parti que prendrait nécessairement cette dernière puissance. Nous mîmes donc l'un et l'autre sous les yeux du duc la vérité dans tout son jour, et il en parut tellement frappé qu'il nous dit : a Oui, vous avez raison, je le vois bien, et il « est de mon devoir de reporter à l'Empereur tout ce que « vous venez de nie dire. J'y vais à l'instant même, atten- « dez-moi, et à mon retour je vous raconterai l'impression « qu'il en aura reçue. » Il était dix heures du soir, et nous attendîmes jusqu'à une. heure du matin; il revint enfin, et je le vois encore entrant dans son salon avec l'air ouvert et riant, nous tirant à part et nous disant ces propres paroles : « Eh bien, mes chers amis, tout ce que vous « m'aviez conté, et vous m'aviez, je l'avoue, un peu trou- « blé, n'est rien du tout : l'Empereur n'a fait qu'en rire, et « en quatre phrases, avec quelques faits bien positifs, il a « soufflé sur cet échafaudage de sinistre augure dont il n'a a rien laissé subsister. » Il fallut bien baisser la tête, en

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