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LA COALITION SE REFORME

présence d'un aveuglement si obstiné, et nous en fûmes pour les frais de notre franchise.

Dans cette scène, au reste, je ne puis m'empêcher de le croire. Napoléon trompait son ministre bien plus qu'il ne se trompait lui-même. S'il avait cru réellement à la possibilité de maintenir la Prusse dans son alliance, comment aurait-il refusé de régler le compte des fournitures qu'elle avait faites à ses troupes, pendant la campagne? Il connaissait, d'ailleurs, le caractère peu énergique du roi de Prusse ; or la nation prussienne tout entière était dans un état d'exaltation qui ne pouvait tarder à imposer une éclatante rupture avec la France. L'empereur Napoléon avait pu se rendre compte, en traversant les États du nord de l'Allemagne, des mauvaises dispositions qui régnaient dans les populations à son égard (1). Je tiens donc pour certain que son apparente conûance, à l'époque dont je parle, n'était qu'un jeu joué, et qui avait pour but d'éviter le découragement qui gagnait même ceux qui l'entouraient. Le doute ne fut plus longtemps permis : dès le 28 février, une alliance offensive et défensive fut signée à Ealisch, entre le roi de Prusse et l'empereur de Russie. L'Autriche serait-elle plus fidèle? Bien des symptômes pouvaient en faire douter.

Le corps d'armée autrichien qui, en qualité d'auxiliaire,

(i) Je ne crois pas avoir rapporté une anecdote qui justifie ses craintes et ses soupçons. Pendant la course si rapide qu'il fit & travers TAllemagne du Nord, avec le duc de Vicence, son grand écuyer, à Eisenach, petite ville de Saxe, on le fit attendre plus de deux heures avant de lui donner des chevaux. On prétendait en manquer, et on en avait, disait-on, envoyé chercher par voie de réquisition, mais ceux-là n'arrivaient pas. En furetant dans les coins de la poste, M. de Vicence découvrit enfin une écurie où étaient enfermés plusieurs postillons avec de fort bons chevaux. H voulut les forcer à marcher, mais il n'en vint à bout qu'en posant la pointe de son épée sur la poitrine du maître de poste et en l'y tenant jusqu'à ce que la voiture fût attelée. Napoléon avait-il été reconnu en arrivant? S'était-il trahi par quelque indiscrétion? Il y a lieu de le croire, et dans ce cas, on voulait peut-être se donner le temps d'avertir un certain nombre d'affidés et de lui préparer quelque embûche sur la route. Le fait n'a jamais été éclairci.

faisait partie de l'armée française, avait remis aux troupes russes la place de Varsovie. En concluant plus tard avec elles un armistice, il s'était retiré sur la Galicie et avait laissé libre le chemin de FOder et de la Silcsie. Les réponses aux plaintes qui furent portées de cette conduite n'étaient pas des plus satisfaisantes, et cependant il fallut bien s'en contenter et avoir l'air do les trouver bonnes. Mais ce qui était encore plus caractéristique dans la conduite du cabinet de Vienne, c'est que, abandonnant son attitude d'allié de la France, il se hâta de proposer sa médiation entre elle et la Russie.

Napoléon dut encore souffrir ce changement de rôle et consentir à une démarche qui n'eut d'autre résultat qu'une réponse du cabinet russe déclarant qu'il ne pouvait accepter cette entremise qu'autant qu'elle serait acceptée également par l'Angleterre, la Prusse et la Suède. On touchait, en effet, au moment où la Suède allait prendre part à la lutte et faire figurer son armée sur les champs de bataiUe.

J'anticipe un peu sur les dates, mais c'est pour faciliter l'intelligence de la situation générale. Un traité fut conclu entre la Grande-Bretagne et la Suède, qui s'engagea à employer trente mille hommes au moins, sur le continent, dans une opération directe contre l'ennemi commun. Pour prix de ce service, l'Angleterre promit de ne mettre aucun obstacle à l'occupation de la Norvège, qui déjà était convenue entre la Russie et la Suède. Un subside d'un million sterling, payable de mois en mois, lui fut de plus assuré, et enfin l'île de la Guadeloupe lui fut cédée, mais sous condition d'y interdire la traite des noirs. Cette stipulation, dans un traité relatif à des intérêts si différents et dans de telles circonstances, prouve l'importance que l'Angleterre mettait à l'abolition de cette traite et sa persévérance à la poursuivre.

Pendant que cette nouvelle coalition se formait, et à mesure que les preuves en arrivaient à la connaissance de

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