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LA RUSSIE PRÉPARE UNE RÉSISTANCE ACHARNÉE

puis le remerciai, en riant, d'une marque de confiance qui m'honorait beaucoup et qui était grande de la part d'un ministre envers un préfet de police, avec lequel il avait affecté, pendant deux ou trois ans, de ne pas échanger une parole. lime répondit qu'il savait bien à qui il avait affaire. Cette conversation m'est toujours restée dans la mémoire ; je ne crois pas qu'il en ait été tenu, à cette époque, dans laquelle on soit allé aussi au fond des choses. Je découvris quelque temps après qu'une assez grande liaison s'établissait entre M. Decrès et le duc de Rovigo; cela m'expliqua le chemin que celui-ci avait fait dans ses appréciations sur l'avenir politique.

On pourrait ajouter aux nombreux indices de l'acharnement avec lequel la Russie se préparait à soutenir la lutte, le sacrifice qu'elle faisait des combinaisons les plus persévérantes de sa politique, et aussi son empressement à aller chercher des alliés partout où elle pouvait rencontrer un ennemi de Napoléon. Pour faire la paix avec la Turquie, elle avait renoncé aux fruits les plus certains d'une campagne qui devait, en lui donnant la Géorgie tout entière, porter sa frontière jusqu'aux rives de TAraxe, et assurer sa domination sur la mer Noire; puis elle avait, dès la fin de juillet, conclu une alliance avec les Cortès de Cadix, stipulant au nom de Ferdinand VII, roi d'Espagne. Les deux alliés s'engageaient à suivre avec vigueur la guerre contre l'Empereur des Français, leur ennemi commun, et à se secourir de tous leurs moyens. Qu'on se reporte aux conférences d'Erfurt, à la fin de septembre 1808, alors qu'Alexandre abandonnait à son allié non seulement l'Italie, mais l'Espagne tout entière, dont il prend aujourd'hui la défense, et on pourra se faire une juste idée de la confiance qu'il faut accorder aux transactions politiques, quand ceux qui les signent n'ont d'autre règle que leur toute-puissante volonté.

Nous venions encore d'avoir un nouvel exemple de cette

violence qui ne respecte rien, qui foule aux pieds toutes les convenances; il faut d'autant plus s'y arrêter que c'est la dernière de celles que le pouvoir absolu de Napoléon lui ait permis de commettre. Il avait à peine quitté Paris lorsque l'avis lui parvint qu'une escadre anglaise se montrait en vue de Savone. Craignant que cette apparition n'eût pour objet d'enlever le Pape, il envoya aussitôt l'ordre au ministre de la police de contraindre Sa Sainteté à quitter cette résidence dans le plus bref délai, et de la transférer à Fontainebleau. L'ordre portait que le plus strict incognito devait être gardé sur toute la route. Pie VII partit donc accompagné de deux personnes seulement, un colonel et un médecin.

Voici comment je fus informé de cette mesure, malgré le secret recommandé. Étant allé un matin chez le duc de Rovigo, je le trouvai dans une agitation si visible qu'il me fut impossible de ne pas lui en demander la cause. « Eh I « le Pape, me dit-il, qui à l'heure qu'il est se meurt peut- « être dans l'hospice du mont Cenis. — Quoil lui dis-je, le « Pape? Et comment se trouve-t-illà? » Alors il me raconta les ordres qu'il avait reçus et ceux qu'il avait donnés pour opérer le transfèrement commandé. Sa Sainteté était . sujette à une maladie de vessie, dont elle avait beaucoup souffert de Savone à Turin; arrivée dans cette ville, elle avait demandé à s'y arrêter quelque temps pour donner à sa santé les soins qui lui étaient nécessaires, mais le prince Borghèse, gouverneur du Piémont, avait craint que ce retard n'engageât sa responsabilité et n'avait jamais voulu l'autoriser. Il avait fallu repartir. Arrivé au haut du mont Cenis, l'incommodité avait été si grave, qu'elle avait fait naître les craintes les plus sérieuses; on n'avait eu d'autre ressource que de s'arrêter dans l'hospice destiné aux voyageurs lorsqu'ils sont surpris par le mauvais temps. C'était de là qu'un courrier avait été expédié au duc de Rovigo. a Et c'est le prince Borghèse, un prince romain, s'écriait-

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