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LA GENDARMERIE DE PARIS

mandement immédiat, une force armée capable de se faire respecter, rien ne pouvait la mettre à Tabri d'un coup de main. Déjà en plus d'une occasion j'avais fait sentir l'utilité de cette organisation, dans une foule de circonstances, surtout quand le peuple se trouve réuni en grande masse. Il faut pour exercer la police et maintenir l'ordre, une dose de patience que l'habitude seule peut donner, que n'ont pas les soldats de l'armée active. Ils apportent, dans ces délicates fonctions, une rudesse qui produit toujours un très mauvais effet, et peut occasionner des scènes très fâcheuses. C'est ainsi que, dans les fêtes publiques, sur les halles et marchés, comme à la sortie des spectacles, on avait eu plus d'une fois à déplorer des accidents et des actes de violence qui compromettaient l'autorité et la rendaient impopulaire.

L'Empereur fut frappé de cette vérité et, dès le mois de janvier, il ordonna à ses ministres de s'occuper de la formation d'un corps spécialement consacré au maintien du bon ordre dans la ville de Paris, et qui serait placé sous les ordres immédiats de l'administration. Je fis sur ce sujet plusieurs mémoires, dans lesquels, m'attachant à rechercher et à faire connaître tous les détails de l'organisation de l'ancien guet, je démontrai qu'on n'avait rien de mieux à faire que de se rapprocher de cette organisation, et que surtout il était indispensable que le nouveau corps fût composé à la fois de cavalerie et d'infanterie.

L'Empereur, ayant adopté mon idée, fit rédiger un projet que le- Conseil d'État discuta; il fut combattu par les hommes de guerre, qui ne pouvaient supporter la pensée d'une troupe militaire entièrement placée sous le commandement d'un administrateur civil. Ce fut à ce sujet que Napoléon, défendant le projet, prononça des paroles qui justifiaient ma conduite dans l'affaire Malet : « Quand je « suis arrivé ici, dit-il, je ne savais encore que penser de la « conduite du préfet de police; mais après le plus mûr exa-

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ce men des faits, j'ai été forcé de convenir qu'on n'avait pas a le droit d'imputer quoi que ce fût à un magistrat telle- <( ment désarmé, qu'en rentrant dans son hôtel, il avait « failli être assassiné par des soldats qui faisaient cepen- « dant partie d'un régiment qu'on appelait le !•' régiment « de la ville de Paris. »

Ce fut à la suite de cette discussion que parut, le -10 avril, le décret qui a établi la gendarmerie de Paris, composée, ainsi que je l'avais demandé, de cavalerie et d'infanterie. Elle fut mise dans une entière dépendance de mon administration, et je dus remplir auprès d'elle les fonctions de commandant supérieur, toutefois avec assistance d'un colonel chargé de commander le service.

J'ai peu fait dans ma vie de travail qui m'ait causé autant d'embarras et m'ait été aussi pénible que celui-là. Complètement étranger aux règles compliquées de l'administration et de la comptabilité militaires, il me fallut les étudier. Le duc de Rovigo m'éclaira de ses conseils, avec une grande loyauté ; il me rendit surtout le plus grand service, en veillant sur le choix des hommes qui devaient entrer dans la première formation. Ce choix, aux termes du décret, devait être fait de concert entre le ministre de la guerre et le ministre de la police, et les hommes devaient être pris dans toute la gendarmerie de l'Empire.

Ce fut un bien vif sujet de déplaisir pour le maréchal Moncey, qui la commandait en qualité d'inspecteur général. Personne n'était plus minutieux et plus susceptible que lui. Quand je le rencontrai au château, il vint à moi, l'œil enflammé : « Eh bieni monsieur le préfet, me dit-il, vous « allez donc à votre guise prendre dans ma gendarmerie « tous les hommes qu'il vous conviendra d'y venir cher- « cher; et quand moi, marécha de France, inspecteur « général, je rencontrerai dans les rues de Paris un de ces « beaux messieurs, portant votre uniforme, je ne pourrai a pas seulement lui dire : Polisson, pourquoi ton chapeau

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