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MÉDIATION DE L'AUTRICHE

les renforts qui lui arrivaient de rintérieur de l'Empire et même du fond de l'Espagne. Enfin , des deux côtés, on se flattait de profiter de l'armistice pour amener à soi l'empereur d'Autriche, dont l'attitude, encore incertaine, permettait à chacun de croire qu'il y avait moyen de le déterminer en sa faveur.

Ainsi l'Autriche, naguère si abattue, si écrasée, par un retour de fortune inespéré, tenait entre ses mains les destinées de l'Europe. Le cabinet de Vienne était trop habile pour ne pas sentir et mesurer les avantages d'ime telle situation. Sous couleur d'être toujours prêt à réaliser FoflFre qu'il avait déjà faite de sa médiation, l'empereur François s'était rapproché du théâtre de là guerre et était venu s'établir en Bohême. Et comme rien ne saurait mieux appuyer une médiation que le développement d'une force considérable, il avait eu soin de mettre en mouvement toutes les forces dont il pouvait disposer. La Bohême se remplissait donc de troupes qui devaient bientôt former une armée de plus de cent mille hommes.

Le comte de Bubna vint à Dresde rejoindre Napoléon et lui annonça que, la Russie et la Prusse ayant accepté la médiation de l'Autriche, cette puissance proposait d'ouvrir à l'instant des négociations. Tant de pièces et de documents ont déjà été publiés sur ce débat diplomatique, que je n'ai rien à y ajouter. Les hommes les plus importants y furent employés de part et d'autre. Parmi ceux-ci , il en est un dont je dois faire une mention plus particulière : le général Pozzo di Borgo, qui va bientôt tenir une place importante dans les grandes affaires de l'Europe.

Corse de naissance et général, parce que ce titre s'attache en Russie à toutes .les fonctions tant soit peu relevées, M. de Pozzo était en même temps un des hommes les plus spirituels et les plus capables que j'aie rencontrés. Attaché pendant plusieurs années à la diplomatie russe, dans un rang inférieur, la haine qu'il exprimait en toute occasion

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contre Napoléon avait oblige rempercur à lo désavouer au moment où le traité de Schœnbrunn venait d*ôlre conclu. Il s'était réfugié en Angleterre. Telle était alors la puissance de Napoléon sur le continent, qu'il lui avait fallu prendre la route de Constautinople pour arriver à Londrjes avec sûreté. Une fois établi dans cette ville, il n'avait négligé aucune occasion de faire parvenir à l'empereur Alexandre des avis importants, et, dès la fin de 1811, il lui avait, avec l'autorisation formelle du prince régent, communiqué les renseignements les plus positifs sur les projets hostiles de Napoléon à l'égard de la Russie. Revenu au quartier général de ce souverain, dans le mois de février qui avait suivi la retraite de Moscou, il avait été fort bien accueilli et avait pris place dans son cabinet.

Le général Pozzo jouissait d'une confiance toute particulière, au moment où s'ouvrirent les négociations qui allaient décider de la paix ou do la continuation de la guerre. C'est la guerre qu'il désirait passionnément, et il fit tout ce qui était en son pouvoir pour la rendre inévitable. Il conseilla d'envoyer a Prague, comme plénipotentiaire de la Russie, M. d'Anstett, qu'on savait être fort désagréable à Napoléon. Il rédigea toutes les instructions qui furent réunies, puis successivement envoyées à ce négociateur, notamment la dernière, datée du 5 août, qui précéda de très près la rupture du congrès à laquelle elle eut une grande part. Sou habileté consistait à placer toujours l'Autriche dans une position que Napoléon s'obstinait à lui refuser. Ainsi, tandis que celui-ci prétendait qu'elle n'avait à jouer que le rôle d'un médiateur désintéressé , et ne devait prétendre à rien pour son propre compte, M. de Pozzo di Borgo, au nom de la Russie, lui donnait au contraire à entendre, qu'ayant le plus grand intérêt à une pondération des forces de l'Europe, elle ne devait pas laisser échapper une aussi heureuse occasion de réclamer tout ce qui pouvait lui assurer à elle-même la force et la puissance dçnt elle. avait besoin pour occuper

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utilement et dignement la place qui lui était assignée» aussi bien que pour le maintien de l'équilibre général.

Ce n'est pas une des moindres bizarreries de la destinée de Napoléon que la part prise, dans des événements qui ont amené sa chute, doive être attribuée à un compatriote qu'il avait trouvé sur son chemin, dès sa plus grande jeunesse, et avec lequel son antagonisme date de 1793. Député royaliste à l'Assemblée législative, M. de Pozzo di Borgo était retourné en Corse, après le 10 août; il y exerçait les fonctions de procureur syndic de l'administration départementale et il unissait ses efforts, pour repousser le joug de la Convention, avec ceux du vieux général Paoli, l'idole et l'oracle des principaux habitants de l'île.

Le jeune Bonaparte, capitaine d'artillerie au service do la France, était de plus lieutenant-colonel de la garde nationale, sur laquelle il avait su acquérir un grand ascendant. Attaché d'abord, comme M. de Pozzo, à Paoli, il ne tarda pas à s'en séparer pour défendre les droits du gouvernement français. Ce fut sur la nouvelle de la condamnation de Louis XVI qu'il prit ce parti. Je tiens le fait de M. de Sémonville, qui alors était en Corse, avec le titre de commissaire du gouvernement français. Bonaparte vint l'éveiller dans la nuit. « Monsieur le commissaire, lui dit-il, j'ai bien « réfléchi sur notre situation; on veut faire ici des folies; « la Convention a sans doute commis un grand crime, et « je le déplore plus que personne; mais la Corse, quoi qu'il « arrive, doit toujours être unie à la France; elle ne peut a avoir d'existence qu'à cette condition; moi et les miens « nous défendrons, je vous en avertis, la cause de l'union. » On assure que Paoli dit de lui : « Vous voyez ce petit « homme! eh bien, il y a en lui deux Marins et un Sylla. » Ayant succombé dans la lutte, Bonaparte se vit bientôt, ainsi que toute sa famille, obligé de fuir et réduit à chercher un asile à Marseille.

Lorsque la Corse fut de nouveau réunie à la France,

Pozzo fut obligé de chercher un asile en Angleterre. Là, son dépit s'accrut encore, en proportion de l'élévation de son rival, et toutes les ressources de son esprit furent dès lors employées à lui susciter des ennemis. Il devint un des agents les plus actifs de la diplomatie anglaise, ce qui le ramena sur le continent, à Vienne d'abord, puis, après la mort de l'empereur Paul, à Saint-Pétersbourg, où il offrit ses services à l'empereur Alexandre. C'était un serviteur dévoué, victime pendant plusieurs années de sa fidélité, et dont les prévisions avaient toutes été justifiées par les événements.

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