CHAPITRE IV
Confiance excessive de Napoléon dans la fidélité de l'empereur d'Autriche. — Prolongation de l'armistice. — Désastres en Espagne ; perte de la bataille des Arapiles par Marmont ; le roi Joseph et Jourdan défaits à Yitoria, par le duc de Wellington; évacuation progressive de la Péninsule par l'armée française dont le commandement est donné au maréchal Soult. — Armements de plus en plus menaçants de l'Aiitriche. — La Comédie-Française mandée à Dresde. — Conditions onéreuses demandées à Napoléon pour traiter de la paix. — Refus de l'Empereur. — Notification formelle, au 12 août, de l'accession de l'Autriche à l'alliance de la Russie et de la Prusse. — Concours de Bernadotte et de Moreau obtenu par la coalition. — Hésitations de Napoléon sur le plan de campagne & adopter. — Souvenir anecdotique de M. Daru à ce sujet. — Reprise des hostilités. — Bataille de Dresde et mort de Moreau. — Jugement de la vie de ce général, ainsi que de la conduite de Bernadotte. — Joie causée à Paris par la victoire de Dresde et prompte désillusion. — Défaite du général Vandamme; l'entrée de la Bohème fermée à l'armée française. — Petite cause de ce grave événement. — Série de revers en Saxe complétés par la désastreuse bataille de Leipzig. — Obstination de Napoléon & ne pas vouloir acheter la paix. — Ënormité des sacrifices en hommes imposés & la France dans l'année i8i3. — Arbitraire des préfets. — Scène très vive, à ce propos, entre M. Pasquier et le ministre de la guerre. — Mécontentement manifeste de la haute société et multiplication des réfractaires dans les campagnes. — Récit d'une mission de M. Real à ce sujet. — Entêtement de Napoléon ; ses abus de pouvoir.
Napoléon avait commis la faute de blesser au vif M. de Metternich : dans un entretien qu'il eut avec lui à Dresde, il lui donna à entendre qu'il le croyait gagné par TAngleterre. D ne pouvait se persuader que Fempereur d'Autriche, son beau-père, ne fût pas, de toute nécessité, son aUié. Il raisonnait donc et agissait continuellement dans cette hypothèse, qui lui donna une folle confiance dont les conséquences lui ont été si fatales; et il ne crut pas oppor-
tun d'offrir à FAutriche riUyrie, que le cabinet de Vienne désirait (1). Cette offre, faite à propos, aurait peut-être été décisive. Napoléon semble s'être fait une sorte de point d'honneur de n'acheter par aucun sacrifice les alliances les plus nécessaires, quand il les considérait comme lui appartenant de droit.
De pourparlers en pourparlers, les jours s'écoulaient et l'armistice, qui devait expirer le 20 juillet, ne laissait plus le temps nécessaire pour arriver à un résultat. Il fut prolongé jusqu'au 10 août, sur la demande et sur la garantie de l'Autriche. On convint en même temps que les plénipotentiaires français, russes et prussiens se réuniraient, avant le 5 juillet, dans la ville de Prague. M. le duc de Vicence et M. le comte de Narbonne y furent envoyés pour la France; mais le premier, retenu toujours par l'Empereur sous un motif ou sous un autre, n'y arriva que le 28 juillet. Ce peu d'empressement à faire partir le principal plénipotentiaire, l'homme de confiance, n'était pas de bon augure.
Les événements se pressaient : en Espagne, tout allait au pire. Après la perte de la bataille des Arapiles par Marmont, l'Empereur apprit à Dresde la défaite du roi Joseph et du maréchal Jourdan, à Vitoria, par le duc de Wellington. Tous les bagages, toute l'artillerie étaient tombés au pouvoir de l'ennemi, et la retraite sur la France avait été la seule ressource des vaincus. Ainsi ce roi, qui devait fonder une nouvelle dynastie dans la Péninsule, était réduit à
(1) En commençant son expédition de Russie, il en aurait rendu le succès bien plus facile, s'il avait pu se résoudre à consommer avec l'Autriche l'échange, qu'il laissa seulement entrevoir, des provinces ïllyriennes contre la partie de la Pologne qui était échue à cette puissance dans les différents partages. Alors, rien ne l'aurait empêché de reconstituer derrière lui la Pologne et d'en faire la base de ses opérations. Je tiens d'une personne qui lui en donna le conseil, qu'il lit la réponse suivante : « Je vois bien que vous ne vous faites pas « une idée de l'importance de ces provinces. Vous ne voyez pas qu'en • prenant un point d'appui sur elles j'ai un pied sur Rome et l'autre « sur Constantinople. i