‹ Histoire de mon tempsChapitre 36 sur 223 · JOSEPH ABANDONNE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

JOSEPH ABANDONNE L'ESPAGNE

évacuer un royaume où les derniers moments ae sa présence avaient été signalés par un désastre, et les Anglais, soutenus par les Cortès de Cadix, se trouvaient maîtres de tout le pays, depuis Cadix et Lisbonne jusqu'aux Pyrénées. Dans la Catalogne et une partie du royaume de Valence, le maréchal Suchet se soutenait toujours, grâce à l'excellente discipline qu'il avait maintenue dans son armée, et à la bonne administration qu'il avait établie dans les provinces qu'elle occupait encore.

11 fallait maintenant songer à couvrir le territoire de la France, car on devait s'attendre que l'armée victorieuse n'en respecterait pas les frontières et qu'elle s'efforcerait de porter la guerre dans nos provinces du Midi. Sans doute on pouvait croire que les débris de l'armée vaincue, sous les ordres de Joseph, étaient encore suffisants pour organiser un bon système de défense, surtout avec les avantages de position que devait présenter la chaîne des Pyrénées.

Napoléon se hâta de rappeler son frère, ainsi que le maréchal Jourdan, et donna le commandement, qu'il leur faisait abandonner, au maréchal Soult. Ici finit la carrière royale de Joseph. Il revint occuper d'abord sa belle terre de Morfontaine, puis le palais du Luxembourg, à Paris, où nous le reverrons bientôt, toujours inférieur aux événements au milieu desquels il s'est trouvé placé.

Les armements de l'Autriche devenaient menaçants ; outre l'armée qui se rassemblait en Bohême, il s'en formait une autre sur les frontières du royaume d'Italie. L'Empereur avait renvoyé le prince Eugène à ses fonctions de vice-roi et de général commandant les troupes françaises et italiennes de l'autre côté des Alpes, en même temps qu'il rappelait auprès de lui le roi de Naples Murât, auquel il affectait de tenir encore beaucoup, malgré le coupable abandon de l'armée dont le commandement lui avait été confié.

Après la retraite de Moscou, il avait deux motifs pour le

vouloir garder à ses côtés : d'abord les services qu'en de certaines circonstances il en pouvait encore tirer sur les champs de bataille; et ensuite les inquiétudes qu'il ne pouvait s'empêcher de concevoir sur le rôle auquel son ambition sans mesure le pousserait peut-être en Italie. Chose étrange! ce que Napoléon redoutait le plus auprès de Murât, c'était l'influence de sa femme. On se servit, pour décider Murât à venir reprendre son poste auprès de l'Empereur, du crédit que M. Fouché avait toujours conservé sur son esprit. Mme Murât, voyant les premiers succès des armes de son frère, avait jugé aussi qu'il était prudent de céder à ses invitations, et elle se résigna à suspendre, du moins momentanément, une négociation déjà entamée avec M. de Metternich, et qui avait pour objet d'assurer, contre tout événement, la couronne de Naplcs sur sa tête et sur celle de son mari.

Au milieu des efforts prodigieux qui étaient demandés à tout ce qui pouvait fournir un instrument de guerre, on nous entretenait de l'éclat dont s'environnait le quartier général à Dresde. Nous apprenions que la Comédie française y était mandée, pour amuser les loisirs de l'Empereur; puis, que l'Impératrice partait pour Mayence. On se disait que cette princesse serait encore le gage de la paix. Ces belles espérances ne furent pas de longue durée; Napoléon arriva seul à Mayence; toutes ses démarches pour y attirer son beau-père avaient été infructueuses. C'est une chose digne de remarque que le soin qui fut apporté par les ministres de Russie et d'Autriche pour écarter, pendant ces dernières campagnes, toutes les occasions qui auraient pu mettre leurs souverains en rapports directs avec Napoléon. Ils paraissaient craindre presque autant ses séductions dans le cabinet, que son épée sur les champs de bataille.

Le projet d'abattre entièrement sa puissance n'était pas encore conçu. Cette idée ne pouvait naître que lentement. On voulait seulement proflter de l'occasion pour afiranchir

PROJETS DES COALISES. 79

rAIIcmagne du joug écrasant qui pesait sur elle, depuis l'abaissement de la Prusse. Cebut^qui n'était plus douteux de la part des coalisés du Nord, fut d'abord moins clairement avoué par l'Autriche; mais il était au fond de sa pensée et ne pouvait être longtemps caché aux yeux de Napoléon, qui dut reconnaître que, pour obtenir la paix, il lui faudrait, à peu de chose près, consentir à ce que le Rhin redevînt frontière de la France du côté de l'Allemagne; c'était la demande formelle de la Russie.

Du côté de l'Italie, il était douteux que TAutriche dût se contenter de la cession des provinces lUyriennes : cette puissance pensait au moins à rendre le royaume d'Italie indépendant de l'Empire français. Il n'était pas dans le caractère de l'Empereur d'accepter de telles conditions, sans courir une fois encore la chance des combats, a Que « peut-il m'arriver de pire? se disait-il. La frontière du Rhin a ne m'appartiendra-t-elle pas toujours ? Que je remporte d'ailleurs une seule victoire signalée, et cette formidable a coalition, dont on me menace, sera dissoute. En moins « de six semaines mes aigles auront reparu sur les bords a de la Vistule, toutes les places fortes où je tiens des gar- « nisons seront débloquées , et ce dernier effort do mes a ennemis n'aura servi qu'à affermir ma puissance. Quand « on est monté aussi haut, on serait indigne de la fortune, (f si on consentait, sans la plus extrême nécessité, à redes- « cendre autant qu'on me le demande, et je perdrais, par a cela seul, le prestige dont un trône aussi nouveau que le mien a besoin d'être environné. »

Partant de deux points aussi opposés, il était impossible de s'entendre. Les pourparlers de Dresde, le semblant d'un congrès à Prague, ne furent donc que des manœuvres employées pour gagner du temps. On peut reprocher à Napoléon de s'être donné le tort apparent de ne vouloir rien céder, d'avoir combiné ses démarches de manière à ne faire parvenir la seule proposition qui pût être efficace.

qu'après le moment où la rupture devait être consommée. Je pense que ses adversaires avaient, au moins autant que lui, le désir de tenter un dernier effort, et de ne pas perdre une occasion où, marchant tous vers un môme but, ils allaient, pour la première fois peut-être, faire un emploi sincère de leurs forces.

Pour former de telles coalitions, il faut des circonstances bien extraordinaires, et elles ne sauraient presque jamais entrer dans les combinaisons de la politique, même la plus habile. Un des caractères distinctifs de la grandeur de Napoléon, sera toujours que, pour l'écraser, il n'ait pas fallu moins que l'Europe entière coalisée contre lui.

Au 12 août, toutes les conventions étaient arrêtées entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, qui signifia formellement à Napoléon son accession à l'alliance des deux autres puissances. Les plans pour la campagne qui allait s'ouvrir avaient été concertés dans une petite ville de Silésie, où le roi de Suède, Bernadotte, avait été appelé. Il faut encore noter cette particularité que, pour triompher de l'armée et de la puissance françaises, l'Europe coalisée se crut obligée d'avoir recours à la science militaire et au talent de deux Français, que seuls apparemment elle jugea capables de lui révéler les secrets de la tactique qui depuis trente années avait successivement vaincu toutes ses armées. On avait été chercher jusqu'en Amérique le général Moreau, et sa haine contre le rival qui l'avait expulsé de sa patrie et chassé du théâtre de sa gloire, avait répondu à cet appel. Il arrivait pour diriger les grands mouvements stratégiques qui allaient commencer.

La Bohême, devenant territoire ennemi, rendait très périlleuse pour nous l'occupation de la Saxe, quand surtout cette occupation devait s'étendre jusqu'aux frontières de la Silésie; et en effet la Bohême, entourée de montagnes, allait être comme un grand camp retranché, qui occuperait tout le flanc droit de l'armée française, et se prolongerait

BÉSITATIONS DE L'EMPEREUR. 81

sur ses derrières. L'ennemi réunissant des forces considérables dans ce camp, et pouvant toujours dérober ses mouvements derrière le rideau de montagnes qui le cacherait, aurait la facilité d'en sortir à Fimproviste, sur le point qui lui conviendrait le mieux; et, pour peu que l'Empereur se portât en avant, il devait s'attendre à voir une armée de cent mille hommes se jeter entre lui et la France. Il fallait donc, à l'ouverture des hostilités, ou qu'il pénétrât luimême en Bohême pour en chasser l'ennemi et s'établir dans cette province, ou qu'il se résolût à prendre une position qui le mettrait à l'abri du danger d'être tourné. Mais alors aussi la guerre qu'il avait commencée en prenant l'offensive, devenait défensive, et c'était une situation qui déconcertait tous ses plans.

D'un autre côté, pénétrer en Bohême était dangereux. On y serait reçu, en descendant des montagnes, par une armée formidable et intacte. On laisserait pendant ce temps la Saxe exposée à l'envahissement des armées russe, prussienne et suédoise, qui occupaient la Silésie, ou s'assemblaient sous les murs de Berlin. Il était fort douteux que les lieutenants de l'Empereur, avec les forces qu'il pouvait leur laisser, fussent en état de s'opposer à cet envahissement. Obligé de choisir entre tant de périls, tout ce qui avait expérience de la guerre souhaitait ardemment que la résolution de prendre une position en arrière vînt à prévaloir. On peut dire que c'était le vœu unanime de l'armée : Napoléon lui-même hésita longtemps.

Voici à ce sujet une anecdote dont je puis garantir la vérité, car je la tiens de M. Daru; elle explique d'un(î manière fort curieuse le parti auquel l'Empereur s'est enfin arrêté. Il mettait beaucoup de soin à savoir l'opinion de tous les officiers généraux qui l'approchaient, et tous lui parlaient à peu près dans le même sens. Un jour, à la fin de juillet, après avoir écouté le compte que lui rendait le général Sébastiani d'une inspection dont il avait été chargé.

il lui demanda ce qu'on disait de la position, dans les cantonnements qu'il avait visités. Celui-ci ayant répondu que, si l'Autriche devenait ennemie, on croyait généralement qu'il serait difficile de ne pas changer la ligne d'opération, et qu'on regardait comme impossible, ce cas échéant, de persister à prendre la ville de Dresde pour point central ; « On a raison, reprit-il, et mon parti est pris; je reviens « sur la Saale ; j'y réunirai près de trois cent mille hommes, et là, mes derrières appuyés sur Mayence, mon flanc « droit couvert par l'extrémité des montagnes de Bohême, « je présenterai à l'ennemi les cornes du taureau. Il voudra « manœuvrer devant moi; à la première faute, je tomberai a sur lui, je l'écraserai, et la coalition se dissoudra un peu « plus vite qu'elle ne s'est formée. »

Ayant congédié le général, il fit à l'instant appeler M. Daru, lui répéta les mêmes paroles, et lui ordonna d'aller sur-le-champ préparer les ordres qui étaient nécessaires pour que ce mouvement rétrograde commençât immédiatement sur tous les points. Malheureusement M. de Bassano entra dans le cabinet, comme M. Daru en sortait, et l'Empereur lui ayant adressé la question accoutumée : « Qu'est-ce qu'on dit? » — « Des gens qui se « mêlent de parler sur tout, et sans rien savoir, assurent, « répondit celui-ci, que Sa Majesté ne peut demeurer ici, a et qu'elle va prendre une position en arrière. Ils font à « l'appui de cette assertion beaucoup de raisonnements fort a peu solides, et oublient que le grand Frédéric, avec des a forces bien inférieures aux vôtres, a tenu tête dans cette (( même position pendant tout un hiver aux armées combi- « nées de l'Autriche et de la Russie. »

Ce malheureux rapprochement fit apparemment une vive impression sur l'esprit de Napoléon, car M. Daru lui ayant, peu d'heures après, rapporté le travail qu'il lui avait demandé, le trouva rêveur et fut éconduit par ces mots : « Il faut y penser encore. » Le résultat de cette nou-

Bataille de dresde. — mort de moreau. 83

velle méditation fut de persister dans son premier système d'opération, et la campagne s'ouvrit conformément à ce système.

Le début fut extrêmement brillant. Après une course en Silésie, que signala un assez bel avantage remporté sur les Prussiens, l'Empereur était revenu à Dresde, assez à temps pour protéger cette capitsJe contre une armée de cent cinquante mille hommes. Russes et Autrichiens. Cette armée était sortie de Bohême, à dix lieues en arrière de la ville menacée, et l'attaque des faubourgs était commencée, quand Napoléon, paraissant avec sa garde et la meilleure partie de son armée, qu'il ramenait à marches forcées, tomba tout à coup sur les assaillants, déconcerta toutes leurs manœuvres, et remporta une de ses plus belles et plus heureuses victoires. Cette fois, il fit beaucoup de prisonniers.

C'était l'armée autrichienne qu'il avait devant lui. Moreau fut atteint dans cette bataille d'un boulet qui termina sa carrière. Quoi qu'en aient pu dire ceux dont il venait de servir la cause, il aurait été désirable pour lui de la finir plus tôt. Le rôle de Coriolan a pu plaire à des hommes profondément aigris et désireux de se venger, mais toujours il a laissé après lui une fâcheuse mémoire. Moreau d'ailleurs venait se venger siu* sa patrie, sur trois cent mille Français, dont beaucoup avaient été ses compagnons d'armes, et plusieurs ses amis, d'une injure qui était le fait d'un seul homme. Il n'avait point l'excuse de Bernadotte, car celui-là, du moins, en acceptant un trône, s'était fait une nouvelle patrie et avait contracté envers elle des devoirs nouveaux.

Qu'on ne dise pas que le général Moreau avait la pensée de rendre à la France ses anciens souverains et d'assurer ainsi son bonheur. Cette proposition n'est pas admissible pour quiconque a connu la disposition des cabinets, à l'époque où il fut rappelé d'Amérique. Il venait mettre ses

8& MÉMOIRES DU CHANCELIER PâSQUIER.

talents et son besoin de vengeance à la solde de la Russie. La nouvelle de sa mort fut une triste occasion de repasser rhistoire de sa vie; toujours on voit le grand capitaine, mais aussi un caractère sans fermeté, comme sans élévation. Il avait, après le 18 fructidor, trahi et dénoncé, au profit du Directoire, son premier maître dans l'art de la guerre et son ami, le général Pichegru; plus tard, ses tergiversations l'avaient compromis dans la conspiration de Georges, qu'elles avaient peut-être fait échouer. Sa dernière entreprise n'était pas de nature à faire oublier le passé.

L'opinion publique, si sévère pour Moreau, fut, malgré les efforts de l'Empereur, plus indulgente pourBernadotte, dont la position, quoique assez difGcile et assez fausse, s'excusait cependant par les puissants motifs que j'ai indiqués. On a su depuis, cependant, avec trop de certitude, que des vues d'ambition étrangères à la Suède étaient entrées dans sa détermination. Il avait rêvé que, si Napoléon venait à tomber, la France pourrait l'admettre à recueillir son héritage. Il paraît que dans les conférences d'Abo, l'empereur Alexandre, pour le conquérir plus entièrement, avait fait briller à ses yeux cette chimérique espérance. Mme de Staël qui, dans le même temps, vint se réfugier auprès de lui, a dû contribuer à entretenir ses illusions à cet égard.

Quoi qu'on en puisse penser, la situation de Bernadette eut toujours, dans cette campagne même, où son concours a été décisif, un côté fort pénible, qu'il dut ressentir vivement. Malgré le besoin qu'on avait de ses services, malgré la sincérité apparente de son zèle pour la cause commune, jamais ses alliés ne purent se résoudre à lui accorder une confiance entière, et il fut tenu dans une sorte de surveillance continuelle. Quatre personnes avaient été spécialement chargées du soin de l'accompagner jusqu'au dénouement et de ne le perdre jamais de vue. C'étaient, pour

ÉCHEC ÉPROUVÉ PAR VANDAMME. 8j

TAngleterre, le général Stewart, pour F Autriche, le général Vincent, pour la Prusse, le général Erusemarck, et enfin pour la Russie, le général Pozzo di Borgo,

Lorsqu'on apprit à Paris le gain de la bataille de Dresde, lorsqu'on sut que la prise de vingt mille prisonniers et do soixante pièces de canon en avait été la suite, la joie fut grande au premier moment et on passait de rabattement h la confiance. Mais les illusions ne furent pas de longue durée, et on reçut fort peu de jours après la nouvelle de l'échec éprouvé par le corps du général Vandamme, qui avait été presque entièrement détruit dans un défilé qui conduisait en Bohême. Au lieu de se borner à en occuper l'entrée, ce général avait commis la faute de le traverser et de déboucher dans la plaine. Outre la perte très considérable en hommes et en artillerie que cet échec occasionna, il eut pour conséquence d'arrêter le mouvement par lequel l'armée française allait se porter en Bohême, avec l'espérance assez fondée de tomber sur l'armée autrichienne et de l'anéantir. L'occasion étant manquée, presque tous les avantages de la victoire de Dresde se trouvèrent effacés.

Ici se place une de ces anecdotes qui viennent si souvent montrer comment les plus petites causes ont les plus graves conséquences. Je puis encore garantir l'exactitude de celle-ci, car je la tiens toujours du même témoin, non suspect, de M. Daru. L'Empereur, aussitôt après la bataille de Dresde, avait envoyé l'ordre au général Vandamme de s'emparer du défilé, dont le corps sous son commandement se trouvait peu éloigné. Lui-même, le surlendemain, partit pour se mettre à la tête de sa garde et de la meilleure partie de ses troupes, qu'il avait déjà fait avancer dans la même direction. Il était certain, après trois jours de marche, d'arriver dans les plaines de Bohême recueillir les fruits de sa dernière victoire; on ne voit guère en effet ce qui aurait pu l'en empêcher. Son état-major ordinaire l'accompagnait et ]V|. Daru en faisait partie.

« Je ne sais plus, m'a-t-iL dit, quelle circonstance m'avait a retardé un peu, mais je me trouvais en arrière d'une lieue environ ; mon étonnement fut donc très grand, en arrivant « au premier lieu de repos, de voir tout le quartier général <( opérant un mouvement rétrograde, d'apercevoir Napo- (( léon reprenant la route de Dresde. Aucun de ceux que « j'interrogeais ne put me dire la cause d'un changement « de résolution si subit, et dont la première conséquence « était Tordre que les troupes avaient déjà reçu de s'arrêter. « Je revins donc comme tout le monde , et sans en savoir a davantage.

« Pendant la journée du lendemain, aucune occasion no « se présenta pour moi d'approcher de l'Empereur, et le « surlendemain matin, comme je me rendais à son loge- « ment, j'appris qu'il circulait de mauvais bruits sur le a corps de Yandamme. Aussitôt entré dans son cabinet, « je me hâtai de lui demander ce qu'il fallait en croire. — a Tout ce qu'il y a de plus sinistre, me répondit-il, le corps « est perdu et mon expédition en Bohême devient impos- « sible. » Alors il m'expliqua que, la surveille, il avait été « surpris dans sa marche par des douleurs d'estomac si « violentes qu'il lui avait été impossible d'aller plus loin et « qu'il avait été obligé de se faire ramener en arrière. « — Cela n'était, cependant, ajouta-t-il, qu'une indigestion «causée par un malheureux ragoût dans lequel on avait a mis de l'ail, que je ne puis supporter; mais j'avais lieu ce de craindre que ce mal ne fût beaucoup plus grave. » « Dans le fait, il s'était cru empoisonné; c'était une crainte « qu'il concevait assez facilement. « Et voilà, ajouta-t-il, à « quoi tiennent les plus grands événements I Ceci sera « peut-être irréparable, »

S'il eût continué sa marche, il aurait occupé le défilé assez à temps pour soutenir Yandamme, qui ne s'était aventuré si témérairement que dans la confiance de le voir arriver sur ses pas. Ce général se trouva, au lieu de cela,

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