‹ Histoire de mon tempsChapitre 37 sur 223 · BATAILLE DE LEIPZIG · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LEIPZIG

attaqué en tête» du côté de la Bohème, et surpris, sur ses derrières, par un corps de l'armée autrichienne qui, après la bataille, s'était dirigé sur ce défilé pour opérer sa retraite. Ce corps lui-même serait tombé dans les mains de Napoléon si son mouvement n'avait pas été interrompu. A partir de ce jour, toutes les chances lui sont devenues persévéramment contraires, et on entre dans l'histoire de cette déplorable campagne de Saxe, qui n'offre que des revers, dans laquelle l'habileté la plus consommée a été paralysée par les inconvénients inévitables d'une position mal choisie dès le début et qu'on s'est obstiné à garder jusqu'à la fin.

Enfin la bataille de Leipzig est venue trancher définitivement la question, et la valeur de l'armée française a dû succomber sous l'effort des masses sans cesse renouvelées qui se sont précipitées sur elle de tous les points de l'horizon, et entre lesquelles ime étroite issue lui fut à peine laissée pour opérer sa retraite. Les pertes dont ce désastre a été accompagné et suivi ne peuvent être comparées qu'à celles de Moscou; quoique moins grandes, au premier aperçu, elles devaient cependant entraîner de plus graves conséquences. La durée de cette campagne fut d'un peu moins de trois mois : elle s'était ouverte le 10 août, et le 2 novembre l'Empereur était rentré dans Mayence.

Les communications, cette année, avaient été faciles entre la capitale et l'armée qui combattait sur les bords de l'Elbe. Tout avait été connu et jugé jour par jour, l'Empereur avait été fort généralement trouvé au-dessous de luimême. Son obstination à ne pas vouloir acheter la paix par des sacrifices proportionnés au besoin qu'on en ressentait, n'aurait pu se justifier que par les plus éclatants succès ; elle avait été au contraire suivie des revers les plus accablants : de nouveaux sacrifices étaient demandés; la population entière semblait destinée à tomber dans un gouffre que rien ne pouvait combler.

Ainsi, dès la fin d'août, un sénatus-consulte avait accordé trente mille hommes à prendre sur la conscription de 1814» 1813, 1812, et années antérieures, ce qui n'avait pas empêché que, dans les premiers jours d'octobre, l'Impératrice ne fût venue elle-même au Sénat (c'est, je crois, la seule fois qu'elle y ait paru) et n'y eût demandé deux cent quatre- ' vingt mille hommes, dont cent vingt mille à prendre sur la conscription de 1814 et années antérieures, et le reste sur la conscription de 1815. On pense bien que cette nouvelle demande ne souffrit pas plus de difficultés que les précédentes.

En répondant à l'Impératrice, le président, M. de Lacépède, ne craignit même pas de terminer son discours par ces mots : « Avec quelle reconnaissance, avec quel soin « religieux ne conserverons-nous pas à jamais le souvenir « des paroles mémorables que Sa Majesté vient de proférer « du haut de son trône ! » Un pareil langage était trop en contradiction avec les sentiments du pays, et loin d'inspirer la patience, il poussait à l'indignation. En traînant sur les champs de bataille des hommes hors d'état de supporter les fatigues de la guerre, on augmentait les victimes. Dans celte année 1813, du 11 janvier au 7 octobre, huit cent quarante mille hommes avaient été exigés de la France. J'ai dit le sacrifice de l'année précédente, et on doit se souvenir de son énormité. Jamais, je crois, dans aucun pays, il ne s'est rien vu de semblable, jamais on n'a demandé à aucune nation de se laisser ainsi volontairement conduire en masse à la boucherie.

La France n'y pouvait suffire. Voilà la vérité, l'exacte vérité; voilà le secret et l'explication de tout ce qui est arrivé depuis. Avec ces appels successifs de conscriptions passées, présentes et à venir, avec les gardes d'honneur, avec les brevets de sous-lieutenant imposés aux jeunes gens des meilleures familles, lorsqu'ils avaient échappé à la conscription ou qu'ils s'étaient fait remplacer cqnformé-

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